Les mots des cinéastes

Michel Bouquet

 

 

 

 

 

Claude Chabrol, décédé le 12 septembre 2010

"A mon avis, il n'y a pas de grands ou de petits sujets, parce que plus le sujet est petit, plus on peut le traiter avec grandeur. En vérité, il n'y a que la vérité." (Cahiers du Cinéma, octobre 1959)

"Mon problème avec Truffaut, plaisantait-il en juin dernier, c'est qu'il n'a jamais tourné de navets. Je n'aime pas ça chez un réalisateur, je trouve même ça suspect !" (Première, juin 2010)

"Quand le public ou moi en aurons marre, j'arrêterai. J'irai cultiver mon jardin. Ou plutôt, je regarderai ma femme cultiver mon jardin." (Première, novembre 1997) 

 

Marin Karmitz (producteur de 12 films de Claude Chabrol), à propos de Claude Chabrol

"Claude avait une grande conscience du rôle de chacun dans un film. Ainsi, il demandait aux comédiens de se prendre en charge. Il les guidait, mais avec beaucoup de parcimonie. Pour certains d'ailleurs, c'était insupportable.

De même, il attendait du producteur qu'il fasse son métier, qu'il soit son premier spectateur. Il fallait aussi éviter les conflits, faire attention à la nourriture, créer une certaine ambiance...

Il ne voulait jamais voir les costumes, ni les décors avant le tournage. Pour Une Affaire de femmes, le régisseur a trouvé des décors de logements à Dieppe où il y avait à peine la place de disposer la caméra et les acteurs. Et quand on regarde la mise en scène d'Une Affaire de femmes, c'est extraordianaire. Pour lui, il fallait qu'il y ait contrainte (financière, de durée, de décor, de casting...) pour qu'il y ait enjeu." (Cahiers du Cinéma, octobre 2010)

 

Isabelle Huppert, à propos de Claude Chabrol

"En sept films, il ne m'a jamais dit : fais ceci plutôt que cela. Jamais. Il donnait un cadre, et les variations à l'intérieur de ce cadre lui importaient peu. Cela m'aurait paru totalement incongru qu'il me donne une indication. Il l'a fait une seule fois : cela faisait plusieurs semaines qu'on tournait Violette Nozière et notre relation reposait sur le statu quo qu'il ne me faisait jamais aucune remarque. Ce n'était pas qu'un accord tacite, cela avait à voir avec sa mise en scène qui agissait à elle toute seule comme un indicateur. Un jour, il m'a fait rectifier quelque chose dans un gros plan, après la découverte du meurtre des parents. Je m'en souviens comme si c'était hier, mon coeur s'est décroché. Il touchait à un équilibre qu'il y avait entre nous. Je ne lui ai évidemment pas dit. Mais sur le moment, cela m'a complètement paniquée." (Cahiers du Cinéma, octobre 2010)

[Le film qui lui tient le plus à coeur] "Une Affaire de femmes, peut-être. C'est le plus complet, qui couvre plusieurs années d'une vie, très centré sur le personnage. Il savait que j'avais envie de chanter tout le temps, et il m'a fait chanter." (Cahiers du Cinéma, octobre 2010)

 

Woody Allen, réalisateur de Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu

[A propos de Londres] Est-ce que la ville fait ressortir mon côté sombre ? Vous savez, je ne suis pas d'un naturel très optimiste. Ma conception de la vie est noire. Où que je sois !"

 

Olivier Assayas, réalisateur de Carlos

"Si vous faites un film qui a cette durée, vous êtes obligé de gérer vos "effets" : il y a des moments plus musicaux, des moments de précipitation et même des moments de virtuosité formelle, parce qu'il y a besoin de jouer avec ces trois registres-là. Sinon ça produit un sentiment de répétition. Il y a aussi l'idée que le film a des mouvements différents, avec des accélérations, des ralentissements, des moments où ça s'installe, et d'autres où ça s'enlise, comme au Soudan... mais il ne faut pas perdre le spectateur non plus ! Quelquefois, je me dis : là on est dans une scène d'action, il ne faut pas hésiter à y aller, à deux ou trois caméras, je tourne plusieurs prises de manière à avoir un montage extrêmement dynamique, tendu... Et puis il y a des moments qui se prêtent à ce que j'aime faire, c'est-à-dire plutôt de longs plans-séquences, très chorégraphiés. J'avais la chance d'avoir deux excellents opérateurs, avec lesquels je partage beaucoup d'affinités, et d'avoir des comédiens exceptionnels. Et il y avait autre chose : étant dans un cadre télé, mais en ayant la conviction que je ne faisais pas du tout de la télé, je n'ai pas hésité, par défi, à faire tout ce qui était le plus "anti-télévisuel" possible ! Par exemple, à filmer bien plus large que d'habitude à la télévision... Alors qu'au cinéma, j'ai tendance à utiliser plutôt de longues focales et à faire des plans serrés." (Positif, juin 2010)

 

Sylvain Chomet, réalisateur de L'Illusionniste

[Sur Edimbourg] La lumière y est magique, sans cesse changeante tout au long de la journée. Il se met à pleuvoir, il neige, il fait beau... tout cela en quinze minutes. C'est une ville toujours en mouvement. Quand on regarde le ciel, on a l'impression qu'elle avance ; et qu'elle avance rapidement parce que les nuages passent très vite. [...]. Tous les paysages du film, l'arrivée avec les falaises, correspondent à mes premières impressions de l'Ecosse. Il y a un mystère dans ces paysages qui ont vraiment une âme.

[Sur la 3D] La 3D est un très bel outil, notamment pour faire évoluer les robots, les jouets, les machines en tout genre. C'est de la marionnette virtuelle, rien de plus. Faire de la 3D ne peut pas être une fin en soi. Il manque souvent à l'image de synthèse une dimension humaine, une imperfection nécessaire quand vous mettez en scène des humains. Mais, sans le 3D, le dernier plan ascensionnel du film, cette élévation qui transforme le monde en manège, est presque impossible à réaliser." (Positif, juin 2010)

 

Denis Podalydès, acteur dans Huit fois debout : "Michel Bouquet, que j'ai eu comme professeur au Conservatoire, nous disait d'être terne, qu'il fallait consentir à être quelqu'un de pas très intéressant, n'ayant un avis sur rien, pour être tout entier dans le personnage. Je pense que Bouquet l'a appliqué à lui-même". (Source : Télérama)

Julianne Moore, actrice dans Chloe et A Single Man : "J'ai tourné avec Louis Malle dans son dernier film, Vanya, 42e rue. Et j'ai été conquise par sa sensibilité qui ne versait jamais dans la sensiblerie. Il ne trichait jamais sur un plateau, on pouvait lire en lui comme dans un livre ouvert, ce qui portait forcément ses comédiens. Tourner avec lui fut un moment décisif dans ma carrrière alors naissante. Il m'a aidé à poser des fondations solides. J'en ai aussi gardé un goût pour le cinéma français. A mes yeux, vos actrices sont les meilleures au monde, comme Isabelle Huppert, l'incarnation pour moi du talent et de la beauté" (source : Studio Ciné Live). 

Samuel Maoz, réalisateur de Lebanon : "Je voulais montrer que tuer ou ne pas tuer n'était pas une décision issue d'une réflexion rationnelle. Les idées de justice, de vérité ou de pacifisme n'ont pas lieu dans ces situations instinctives. Et ce moment, où ne compte que l'instinct de survie, détruit toute votre vie. [...]. La guerre au Liban a engendré des films singuliers parce qu'elle était très chaotique. Les combats avaient lieu dans des zones d'habitation et votre ennemi portait un jean. [...]. Il y a eu beaucoup d'erreurs commises, et il est très difficile de vivre avec le souvenir des erreurs.

Bahman Ghobadi, réalisateur des Chats persans : "J'ai vu de nombreux films sur la musique. Je voulais que celui-ci ne ressemble à aucun autre. J'ai voulu raconter une histoire qui permettrait de montrer différents groupes de musique iraniens. [...] J'ai tenté de communiquer au spectateur l'ivresse que je ressentais pendant le tournage. [...] En Iran, des choses comme cela se passent réellement. Pour cela, il fallait rester réaliste. [...] Les situations n'ont pas été inventées : quand ils jouent sur le toit, c'est qu'ils y sont. Negar et Ashkan ont été emprisonnés et, à leur sortie, ils voulaient quitter l'Iran. Aujourd'hui, ils vivent à Londres. Chaque fois que la police intervient dans une soirée et interdit le concert, il y a au moins un mort.

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Nicolas Winding Refn, réalisateur danois remarqué, signe un polar stylisé dans les rues de Los Angeles, à la fois romance flottante entre deux âmes égarées, et polar à la violence brute, efficace et millimétré. Le tout porté par un personnage minéral, sec, taiseux, nouvelle figure du héros du XXIe siècle (impérial Ryan Gosling). Grande réussite !

 

Le Skylab, de Julie Delpy - Sortie le 5 octobre 2011

 

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