Jeudi 7 janvier 2010 4 07 /01 /Jan /2010 22:00
Au moment de se retourner sur les meilleurs films de l'année 2009, force est de constater qu'ils ne sont pas nombreux. On peut noter un certain renouveau du cinéma français avec la confirmation Jacques Audiard (Un Prophète), Welcome, A l'origine ou même Rapt. On retiendra aussi la beauté classique du dernier Clint Eastwood, Gran Torino. Et bien sûr Les Chats persans, cet hymne à la liberté en Iran.
Paradoxalement, nous venons de vivre une décennie cinématographique extrêmement riche, ponctuée d'oeuvres fortes portées par des cinéastes d'envergure. Films de genre, comédies romantiques, films d'animation, entre Israël et l'Italie, les Etats-Unis et la Turquie, tous les genres et les nationalités se côtoient dans ce Top 20 forcément subjectif (même si...). Ce qui réunit tous ces films : ils savent raconter des histoires, tout en conservant une grande exigence formelle. Ils possèdent surtout ce doux mystère qui fait qu'un film reste gravé longtemps dans nos mémoires. On peut noter la domination du cinéma américain dans cette liste, avec notamment les deux cinéastes majeurs de ce début de millénaire : James Gray et Paul Thomas Anderson (deux films chacun).

20. Presque célèbre (Almost Famous), de Cameron Crowe (2001)
La plongée renversante d'un apprenti journaliste dans le quotidien d'un groupe de rock. Peut-être le film le plus jubilatoire de la décennie!


19. A History of Violence, de David Cronenberg (2004)
Le film le plus grand public de David Cronenberg. Et pourtant, il y injecte avec force ses thèmes de prédilection dont la schizophrénie de son personnage principal. Composition magistrale de Viggo Mortensen. La scène finale la plus intense et subtile de la décennie : le jeu des regards est foudroyant!


18. In the Mood for Love, de Wong Kar-Waï (2000)
Un poème d'amour mélancolique et interdit. Une esthétique sublime qui n'interdit pas l'émotion.


17. De battre mon coeur s'est arrêté, de Jacques Audiard (2005)
Je retiens de ce film l'intensité de son personnage principal incarné par un Romain Duris totalement habité par son rôle. Et le regard d'un cinéaste qui colle au plus près de son héros. Entre grâce et violence, un film d'une énergie rare. Jacques Audiard est le grand cinéaste français de la décennie. En 2009, Un Prophète en est une vraie confirmation.


16. Parle avec elle, de Pedro Almodovar (2002)
Le chef-d'oeuvre de Pedro Almodovar. Un mélodrame entêtant sur l'amour et la folie. Et l'une des plus belles bande-son de la décennie. Cucurrucucu Paloma... 


15. Dogville, de Lars Von Trier (2003)
Le seul film de Lars Von Trier que j'aie vraiment aimé. Des décors tracés au crayon, la philosophie totalement pessimiste du cinéaste qui ne croit en rien, et sûrement pas en l'Homme, et au milieu de tout ça, Grace, lumineuse Nicole Kidman dans ce qui est certainement son plus beau rôle. Découverte (pour moi) d'un vieil acteur à l'émotion pure, Ben Gazzara (que je retrouverai plus tard et plus jeune en découvrant le cinéma humain et généreux de John Cassavettes).

14. Match Point, de Woody Allen (2005)
Pourquoi aime-t-on d'habitude Woody Allen? Pour la magie qui se dégage des dialogues et des situations qu'il met en scène. Avec Match Point, le Monsieur prend son spectateur à contre-pied en proposant un drame de l'ambition sociale. Une réflexion passionnante sur la chance et le hasard, et une noirceur assumée qui imprègnent désormais toute l'oeuvre du cinéaste jusqu'au récent Whatever Works.


13. Mystic River, de Clint Eastwood (2003)
Au vu de la filmographie de Clint Eastwood durant cette dernière décennie, l'homme ne pouvait être absent de ce Top 20. Il signe en 2003 une passionnante réflexion sur le Mal et dissèque les comportements humains avec acuité. Construit comme une véritable tragédie classique, ce sont paradoxalement les femmes qui composent les personnages les plus terrifiants. Forme classique mais tellement maîtrisée. Sean Penn obtient un Oscar amplement mérité. Les autres acteurs, dont un impressionnant Tim Robbins, sont au diapason. On retient cette caméra qui frôle les eaux de la Mystic River...

12. La Nuit nous appartient, de James Gray (2007)
James Gray revisite le polar, en y inscrivant ses thèmes de prédilection : la famille, le dilemme tragique... Après Little Odessa et The Yards, on pourrait penser qu'il réalise toujours le même film. En réalité, c'est une oeuvre qu'il construit pièce par pièce, marquée par un lieu emblématique, New York, et un acteur d'exception, Joaquin Phoenix. Somptueux, La Nuit nous appartient parvient à donner à l'histoire intime de son héros une force exceptionnelle, par l'ampleur de sa mise en scène et l'utilisation magistrale de la musique. On retient une superbe scène d'ouverture qui élève tout de suite la température (James Gray est un maître de la scène d'ouverture, cf. Little Odessa).


11. La Chambre du fils, de Nanni Moretti (2001) 
Palme d'Or au Festival de Cannes 2001, La Chambre du fils est l'un des films incontournables de la décennie, et Nanni Moretti le représentant naturel d'un cinéma à la fois incroyablement centré sur lui-même et ouvert à la société qui l'entoure. Nanni Moretti y incarne un père de famille touché par la mort d'un de ses enfants. Il réussit la gageure de réaliser un mélodrame où l'émotion est toujours contenue, retenue. Film de deuil où l'espoir resurgit au bord de mer, sur la musique cosmique de Brian Eno.


10. Eternal Sunshine of the Spotless Mind, de Michel Gondry (2004)
Le plus beau film d'amour de la décennie, mis en scène avec une inventivité hallucinante. Un film sur les souvenirs aussi, ceux que Joel veut faire disparaître de sa mémoire. Michel Gondry nous fait pénétrer dans le cerveau de son personnage, et revivre à l'envers les fragments volatiles d'une histoire d'amour. Le film est magnifié par son duo d'acteurs, un excellent Jim Carrey et surtout Kate Winslet, incontestablement l'actrice de la décennie.


9. Magnolia, de Paul Thomas Anderson (2000)
Une scène inoubliable : la pluie de grenouilles qui s'abat soudain sur les personnages, au faîte de leur désespoir. Film choral de plus de trois heures, orchestré de façon virtuose par Paul Thomas Anderson, Magnolia est un chassé-croisé de personnages, tous caractérisés par une solitude tenace. Une galerie d'acteurs exceptionnels (Julianne Moore, William H. Macy, un bon Tom Cruise, Phillip Seymour Hoffman...), des histoires de famille compliquées... Un des films les plus émouvants de ces dix dernières années, ponctué par les chansons folk mélancoliques d'Aimee Mann, compagne du cinéaste.


8. Le Voyage de Chihiro, de Hayao Miyazaki (2002)
Merveille d'inventivité et de poésie, le maître de l'animation japonaise nous conte le voyage initiatique d'une petite fille qui, à la fin, deviendra grande. L'univers dans lequel elle pénètre, peuplé de créatures, de dieux et de fantômes mystérieux, est un pur enchantement. Au-delà de ses aventures, Chihiro y fait l'apprentissage de la vie. Le spectateur aussi. On est au-delà de l'animation, on est dans la magie pure!


7. La Vie moderne, de Raymond Depardon (2008)
Ou comment Raymond Depardon prouve que le documentaire peut procurer autant d'émotion, voire plus, que la fiction.
Le photographe et cinéaste promène son regard humaniste et généreux sur la condition des paysans. Mélancolie et atmosphère de fin de règne imprègnent les images. En même temps, c'est la passion qui anime les héros de Depardon qui transperce et balaie tout sur son passage. Car le cinéaste élève véritablement ses agriculteurs au rang de personnages. C'est la grande force de cet objet filmique extraordinaire, magnifié par la musique de Gabriel Fauré. On n'oublie jamais Raymond Privat ou Germaine Challaye...


7bis. L'Emploi du temps, de Laurent Cantet (2001)
Après Ressources humaines, Laurent Cantet poursuit son exploration du monde du travail. Il réussit avec L'Emploi du temps un film fascinant sur le mensonge et la dissimulation. Le sujet de son cinéma, universel : la place de l'homme dans la société qui l'entoure. On retient notamment une atmosphère de flottement mélancolique sur la sublime musique de Jocelyn Pook.

6. Elephant, de Gus Van Sant (2003)

Avec en point de chute la tuerie de Columbine, Gus Van Sant signe un chef-d'oeuvre poétique sur l'adolescence. Lents travellings le long des couloirs du lycée, caméra toujours au plus près de ces lycéens. On glisse, on flotte, on vit l'une des plus incroyables expériences de cinéma de la décennie. Jusqu'au dénouement, brutal. Gus Van Sant choisit de ne pas expliquer les origines du mal. Un véritable choc cinématographique (qui changea ma façon de voir le cinéma).

 
5. Mulholland Drive, De David Lynch (2001)
Là aussi, une expérience cinématographique unique. En évoquant l'endroit puis l'envers du rêve américain, David Lynch défie la temporalité et nous perd dans l'esprit torturé de Naomi Watts. Révélation d'une actrice, musique envoûtante d'Angelo Badalamenti. Un film que l'on ressent plus qu'on ne le comprend. Une expérience de cinéma inoubliable.

 

4. Les Climats, de Nuri Bilge Ceylan (2007)
Autopsie de l'effritement d'un couple au fil des saisons. Photographe autant que cinéaste, Nuri Bilge Ceylan nous livre des plans séquence à la beauté sidérante. Un film contemplatif et mélancolique qui fait appel à nos sens plus qu'à notre intellect. Extraordinaire utilisation de la bande son. Une larme qui coule subrepticement sur le visage d'Isa, la neige qui tombe sur une région montagneuse turque, tous les plans sont d'une beauté à couper le souffle. A la manière d'un peintre, c'est par petites touches que le cinéaste turc présente et fait percevoir ses personnages. L'expérience sensorielle de la décennie. Une autre manière de faire du cinéma.


3. There Will be Blood, de Paul Thomas Anderson (2008)
Paul Thomas Anderson s'attache avec ce film magistral à réprésenter l'affrontement de deux ambitions incontrôlables : celle d'un magnat du pétrole et celle d'un gourou religieux. Peut-être les 20 premières minutes muettes les plus stupéfiantes de l'histoire du cinéma! La bande originale de la décennie. Maîtrise totale du récit, violent et fascinant. Une obsession récurrente chez le cinéaste : la cellule familiale qui explose. Daniel Day-Lewis est l'acteur incontournable de la décennie : Gangs of New York, The Ballad of Jack and Rose, et ici There Will be Blood. Il a sa place parmi les plus grands.


2. Valse avec Bachir, de Ari Folman (2008)
Film événement de l'année 2008, injustement ignoré lors du Festival de Cannes, Valse avec Bachir est un OVNI dans l'histoire du cinéma. A travers un documentaire d'animation, le cinéaste israélien propose une réflexion passionnante sur la mémoire. Onirique et brutal, poétique et réaliste, Ari Folman nous projette au coeur de la mémoire en reconstruction de son personnage. Bande originale sublime. L'esthétique, parfaite, est au service de l'émotion, incommensurable. Un chef-d'oeuvre absolu! Assurément la plus belle émotion de cinéma de la décennie!


1. The Yards, de James Gray (2000)
Qui d'autre que James Gray pouvait trôner au sommet de ce Top 20 des films de la décennie? The Yards est certainement son meilleur film. Un sens de la construction dramatique inégalé, une utilisation millimétrée des mouvements de caméra et du langage cinématographique. Avec James Gray, chaque plan a un sens. Chacun de ses films est une définition du cinéma. Et c'est, avec Paul Thomas Anderson, le cinéaste qui sait marier avec génie l'exigence d'un auteur, une vision du monde, à un cinéma capable de plaire au plus grand nombre. Avec The Yards, il se révèle comme le digne successeur des Coppola et Scorsese des années 70. Enfin, il forme avec Joaquin Phoenix le duo réalisateur/acteur le plus fécond de la décennie.



On distingue clairement dans mes 10 meilleurs films de la décennie, trois catégories.
On retrouve d'abord des films expérimentaux qui déstructurent le récit, initiés par le choc Mulholland Drive en 2001, et prolongés par Elephant, voire même Eternal Sunshine of the Spotless Mind et Les Climats. Des expériences sensorielles fascinantes.
De l'autre côté, on retrouve des cinéastes qui développent une telle maîtrise dans l'art de la mise en scène que la forme a priori classique de leurs films nourrit malgré tout une vision du monde. Et puis rien n'est plus difficile que de marquer les esprits avec ces films dont l'originalité n'est pas évidente au départ. On peut classer ici The Yards, There Will be Blood, Magnolia et l'animé Voyage de Chihiro.
Enfin, apparaît une troisième catégorie, celle qui correspond à une des tendances lourdes de la décennie : l'éclatement des frontières entre documentaire et fiction. Cela a produit certaines des oeuvres les plus émouvantes de la décennie : Valse avec Bachir, L'Emploi du temps et La Vie moderne.
A noter la présence de deux films d'animation dans cette liste : Valse avec Bachir et Le Voyage de Chihiro.

D'autres films et cinéastes auraient mérité de figurer dans ce Top 20 : Spike Lee pour La 25e heure, David Fincher pour Zodiac, ou encore Hirokazu Kore-Eda pour Nobody Knows. Le choix a été particulièrement difficile.


Et vous, quels sont vos meilleurs films de la décennie 2000/2009? Vous pouvez me proposer votre liste de 10 ou 20 films en commentaire de cet article, ou me les envoyer à l'adresse
guillaume_saki@hotmail.fr
Si j'en reçois suffisamment, j'établirai un Top 10  (ou 20) des lecteurs de ce blog.  

Par Guillaume - Publié dans : Dossiers - Communauté : A voir, à lire, à écouter
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