Mercredi 15 décembre 2010 3 15 /12 /Déc /2010 23:21

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Peut-être est-ce un tort, mais je me rends rarement au théâtre. Trop habitué au cinéma qui, même épuré, dirige le regard par ses moyens techniques et sa grammaire, j'ai souvent du mal à poser mon regard sur une scène de théâtre. Quoi regarder ? Comment ? Je ne maîtrise pas les codes de cet art que l'on pourrait qualifier de plus "global". En un mot, au théâtre, le "gros plan" me manque... Celui qui révèle les fêlures d'un personnage, celui qui change soudain la perspective et laisse percevoir ce que l'on ne soupçonnait pas... D'une certaine manière, le cinéma serait l'art de la subtilité quand le théâtre ne pourrait atteindre cet état de grâce, par la distance qui s'installe entre la scène et le public. Véritable paradoxe : le cinéma recrée la réalité par l'artifice même, quand le théâtre met à nu ses acteurs par la simplicité de son dispositif et se donne davantage sur la durée. En réalité, c'est peut-être une différence de point de vue qui sépare cinéma et théâtre. Quand, en un plan, le cinéma peut emporter son spectateur, le théâtre, lui, n'offre pas le même confort (la même facilité pourrait-on dire).

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Ce 14 décembre 2010, c'est fort de ces considérations sur les frontières entre cinéma et théâtre, animé d'un enthousiasme agréable (et un peu effrayant : la peur d'être déçu), que je découvrais la pièce Le Roi se meurt à la Comédie des Champs-Elysées, avec dans le rôle-titre un monstre sacré du cinéma et du théâtre, Michel Bouquet. A 85 ans, l'acteur crée à nouveau (car on peut véritablement parler de création) ce rôle de Roi que la mort vient rappeler à elle. Surtout, il est à lui seul un point de jonction entre théâtre et cinéma. Car Michel Bouquet, c'est avant tout un visage et une voix (grave, profonde). Mis en valeur par les artifices du cinéma, ces deux traits de son être "éclatent" sur la scène du théâtre. Et Le Roi se meurt est un véritable écrin pour le talent de l'acteur. Capable de passer de la vieillesse à l'enfance, du comique au tragique, de la puissance (toute relative au début de la pièce) au pathétique, Michel Bouquet parvient à rendre toute son humanité à Bérenger Ier. Car roi au pouvoir défaillant, Bérenger Ier est un homme comme les autres, effrayé par l'approche de la mort, annoncée d'entrée de jeu par sa première épouse, Marguerite, pour "la fin du spectacle". Réflexion fascinante sur le temps et la mort, Le Roi se meurt permet à Michel Bouquet de déployer sa maîtrise de l'art de la scène. Sa diction si particulière, sa capacité à créer les mutliples visages de Bérenger Ier, ce travail si profond est un éblouissement de chaque instant. Michel Bouquet fait surtout ressentir ce plaisir fou qui l'habite encore de dire les plus grands textes du théâtre. Un plaisir qui mêle à la conscience de la mort qui approche, les accents les plus émouvants de l'enfance.

 

 

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Par Guillaume - Publié dans : Théâtre... et cinéma - Communauté : A voir, à lire, à écouter
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