Partager l'article ! Actualité - The Social Network - Réalisateur : David Fincher - USA - Sortie : 13 octobre 2010 - Note : 4/5: "500 millions de membres ...
Once upon a time in Cinema
"500 millions de membres, dans 207 pays... Facebook vaut aujourd'hui 25 milliards d'euros". C'est par ces chiffres, dont l'énormité n'a d'égale que la tranquillité avec laquelle ils sont dévoilés, que se termine The Social Network, probablement le meilleur film de David Fincher après le sublime Zodiac (2007). Mark Zuckerberg, plus seul que jamais alors que ses deux procès touchent à leur fin, "rafraîchit" à plusieurs reprises la page Facebook de la fille par qui tout a commencé.
Car au commencement de Facebook, il y a un drame originel, une humiliation cruelle, celle subie par un jeune étudiant de Harvard (Zuckerberg donc) qui, incapable de la moindre empathie et obsédé par une éventuelle entrée dans un "final club", se fait brutalement "larguer" par sa copine au terme d'une joute verbale trépidante. Tout s'enchaîne alors très vite. Le soir même, pour se venger, Mark Zuckerberg pirate le système informatique de l'Université de Harvard et crée Facemash, un site qui affiche côte à côte deux photos d'étudiantes et demande à l'utilisateur de voter pour la plus canon. Succès immédiat : 22 000 connexions en une soirée ! D'une certaine manière, avec ce premier essai, Facebook est déjà créé ; Mark est accusé d'avoir violé intentionnellement la sécurité, les droits de reproduction et le respect de la vie privée. Devenu la star du campus, il est approché par les Frères Winklevoss, étudiants d'Harvard et champions d'aviron, qui souhaitent créer un espèce de réseau social strictement réservé à Harvard. Mark accepte d'abord de les aider, mais mène en parallèle, aidé par son meilleur ami, Eduardo Saverin, son propre projet. Cette première trahison est à l'origine de la naissance de Facebook...
Ce qui marque d'entrée, dès la scène traumatique inaugurale, celle de la rupture, c'est l'impression de vitesse qui se dégage de ces premières minutes. Alors que la mise en scène sobre de David Fincher se contente de capter en champs/contrechamps la conversation entre Mark et sa copine, la vitesse de la logorrhée verbale de Zuckerberg, passant sans transition d'une idée à une autre dans la même phrase, symbolise déjà la vitesse de propagation de Facebook, virus qui s'insinuera très vite, d'abord dans les facs des Etats-Unis puis à travers le monde. David Fincher fait d'ailleurs sienne cette caractéristique de son personnage. The Social Network est en effet d'abord un film "schizophrène", à l'image de son personnage principal, geek associal et pourtant capable des meilleures réparties, et surtout d'attirer tel un vampire les meilleures idées à lui. La vitesse du film traduit cette dualité, par la percussion des dialogues du scénariste estimé Aaron Sorkin (on se souvient des travellings rythmés par ses dialogues dans la série A la Maison blanche), mais aussi par un scénario malin qui n'hésite pas à juxtaposer deux situations en parallèle, parfois même dans un même plan. David Fincher réussit donc la gageure de réaliser un film où la profusion des événements, la vitesse d'exécution, n'empêche pas la fluidité de la mise en scène. Fincher a compris depuis Zodiac (2007) que les mises en scène monumentales ne font pas forcément les meilleurs films, et sait désormais "montrer" sans trop forcer le regard du spectateur, en utilisant la grammaire cinématographique la plus élémentaire. La structure du film, qui repose en majeure partie sur la profusion des dialogues, nécessite ce traitement sobre, preuve de la confiance du réalisateur dans la qualité de son histoire et de son scénario.
Un scénario qui reprend en grande partie les règles de la tragédie "classique". Si les règles d'unité de temps, de lieu et d'action (nous l'avons vu) ne sont évidemment pas respectées (l'alternance entre scènes de conciliation procédurale et flashbacks l'interdit), la structure du film qui évolue par "paliers" successifs rejoint celle des plus grandes tragédies. Ou plutôt tragi-comédies, car peinture d'une incroyable "success story", The Social Network met surtout en évidence les mécanismes (petites lâchetés et trahisons) par lesquels Mark Zuckerberg va construire l'oeuvre de sa vie. Acte I (prologue) : présentation du drame originel, et entrée dans l'action in medias res, avec la création de Facemash (ancêtre de Facebook), au mépris de toutes considérations sur la vie privée. Acte II : Zuckerberg franchit un palier supplémentaire avec la création de The Facebook, au prix d'une première grande trahison. Acte III : développement de The Facebook dans les universités des Etats-Unis, et première divergence de vue entre Eduardo Saverin et Zuckerberg. A la fin de l'acte, irruption d'un personnage, Sean Parker, dont la désinvolture et l'ambition fascinent d'emblée Zuckerberg, tout en semant le trouble dans sa relation avec Saverin. Acte IV : The Facebook devient Facebook et se développe désormais à travers le monde grâce à l'aide de Sean Parker, alors que la relation entre Saverin et Zuckerberg explose, à la suite d'une ultime trahison. Acte V : dans une ultime pirouette, Sean Parker perd l'estime de Zuckerberg qui accepte finalement de verser à Eduardo Saverin et aux Frères Winklevoss ce qui s'apparente pour lui à une "contravention". Mark Zuckerberg a peut-être créé le plus grand réseau social au monde, mais lui-même reste désespérément seul.
On retrouve dans The Social Network de nombreux thèmes chers au cinéaste, et notamment celui de la vampirisation développé dans Fight Club (1999). En effet, Mark Zuckerberg fait montre tout au long du film d'une étonnante capacité à "attraper" chez ceux qui l'entourent différentes idées qui lui permettront de développer Facebook. C'est lorqu'un ami lui demande la situation amoureuse d'une fille qu'ils connaissent, que Zuckerberg ajoute sur le réseau l'onglet "Situation amoureuse". Et la relation qui se noue entre Sean Parker et Mark Zuckerberg, dès leur rencontre, est une relation de vampirisation, presque fusionnelle. Fasciné par Parker, Zuckerberg en oublie tout le reste, et notamment son seul véritable ami, Eduardo Saverin. Enfin, les "final clubs" auxquels tout étudiant de Harvard veut à tout prix appartenir, rappellent également Fight Club, et la nécessité de rentrer dans le moule et dans le conformisme pour être heureux. Facebook n'est d'ailleurs que la transcription sur le Net de ce phénomène, et l'intégration la motivation principale de Mark Zuckerberg.
"Nerd : terme anglais désignant une personne solitaire et intelligente, à la fois socialement handicapée (mais pas toujours isolée car un nerd peut conserver une vie sociale) et passionnée par des sujets liés à la science et aux techniques" (Wikipédia). Cette définition semble parfaitement correspondre à la personnalité de Mark Zuckerberg, présenté au début du film comme un geek associal, capable de se ballader sous la neige en bermuda et sandales. De ce portrait du plus jeune milliardaire au monde, David Fincher n'épargne rien : ni les lâchetés, ni les trahisons, ni l'envie, ni la jalousie. The Social Network n'est pas pour autant un portait à charge du jeune homme. Il se dégage aussi du personnage une sympathie (son débit-mitraillette et ses réparties cinglantes n'y sont pas pour rien), et un humour (souvent involontaire?) qui font mouche. On rit d'ailleurs beaucoup. Jesse Eisenberg, qui incarne Mark Zuckerberg (découvert dans le film indépendant Les Berkman se séparent), apporte un côté touchant au personnage et permet au spectateur de rester toujours en empathie avec lui. L'acteur dit d'ailleurs ressembler par certains aspects à son personnage : "Je suis aussi foncièrement mal à l'aise dans la vie que Mark Zuckerberg. Je ne supporte pas de me voir à l'écran ou de m'entendre parler, je me trouve l'air d'une loque". Andrew Garfield semble également avoir trouvé le rôle de la confirmation, avant d'endosser prochainement le costume de Spiderman. Nonchalant et émouvant, il trouve la note juste dans le rôle de l'ami progressivement "largué". Quant à Justin Timberlake, il apporte toute sa désinvolture et son naturel, dans le rôle de l'homme providentiel et prêt à tout.
Quoi qu'on pense de Facebook, force est de constater que David Fincher a su tirer de la construction de cette immense machine à générer des milliards d'euros, un grand film à hauteur d'hommes. Fascinant !
Bande annonce - The Social Network
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