Partager l'article ! Actualité - Les Moissons du Ciel - Réalisateur : Terrence Malick - USA - Ressortie : 16 juin 2010 - 1re sortie : 1er juin 1979 - Note : 5/5: ...
Once upon a time in Cinema
Il est une évidence : les films de Terrence Malick font peur ! Peur de celui qui veut s'attacher à décrypter une oeuvre qui dépasse visuellement et émotionnellement ce que les mots peuvent dire. Peur du spectateur lui-même, dérangé dans ses convictions, traversé par la force d'histoires dont la simplicité n'a d'égale que la richesse du traitement cinématographique (montage, musique, image, mouvements de caméra, ellipses...) qui en est fait.
Les sentiments les plus primaires traversent en effet le 2e film de Terrence Malick, sorti en 1979. Amour, jalousie, trahison, avec Les Moissons du Ciel, Malick revisite le genre du mélodrame, élevant chaque sentiment à un niveau de violence paroxystique. En 1916, Bill, ouvrier dans une fonderie, sa petite amie, Abby, et sa soeur, Linda, quittent Chicago pour faire les moissons au Texas. Voyant là l'opportunité de sortir de la misère, Bill pousse Abby à céder aux avances d'un riche fermier, qu'ils savent atteint d'une maladie incurable. Mais, alors qu'aucun signe de déclin n'apparaît, Abby finit par tomber amoureuse du fermier, ce qui déjoue les plans de Bill...
Cette intrigue, qui peut paraître banale, est donc transcendée par la mise en scène de Terrence Malick, qui pratique un art total qui englobe toutes les autres disciplines artistiques. En peu de mots, et sous la forme de tableaux enchaînés, Malick nous fait pénétrer dans l'intimité de ses personnages, en privilégiant toujours la sensation (fugitive) sur la vérité assénée. C'est cette mise en place à la manière d'un peintre, par touches successives, qui confère au film sa délicatesse, mais aussi sa violence, son âpreté. Il faut souligner ici la richesse du travail sur le son, peut-être l'élément le plus important lié à la réception du film.
Pour décrypter l'utilisation du son chez Terrence Malick, on peut se reporter à la séquence introductive dans laquelle Bill (Richard Gere dans son premier grand rôle) se dispute, semble-t-il violemment, avec son contremaître. "Semble-t-il" car les paroles prononcées par les personnages restent off. On les voit parler, mais on ne les entend pas. En revanche, le son in, celui des machines, symbolise la violence de leur conversation. Les mots n'ont que peu d'importance chez Malick. Seuls comptent les actes, les gestes, et peut-être surtout l'environnement qui situe et enserre ces personnages. La force des sons, mais aussi de l'image, prend alors tout son sens. Un verre tombé sur un rocher au fond d'un lac en dit plus long que tout discours, tout comme le vent qui balaie la ferme à divers moments du film. Comme dans La Balade sauvage, la narration est prise en charge par une voix off. Mais là encore, Malick détourne le poids des mots en donnant à une petite fille de 10 ans la responsabilité de mener le récit (à la naïveté de Holly dans La Balade Sauvage, se substitue la lucidité enfantine de Linda).
Le vrai sujet de Terrence Malick, dans tous ses films, c'est la quête du bonheur d'individus qui se heurtent aux conventions sociales, aux luttes de classes, à cette "nature", si chère au cinéaste, mais qui reste désespérément indifférente à l'aventure humaine. Tantôt écrasés par les plans d'ensemble d'une nature magnifiée par la photographie de Nestor Almendros, tantôt écartés par des gros plans sur diverses espèces animales, notamment des sauterelles, les personnages de Malick sont comme entravés par une force qui les dépasse.
Poème de la nature, Les Moissons du Ciel se situe en effet au-delà de toute psychologisation des personnages. Car Terrence Malick, loin d'épouser une structure linéaire, fait évoluer ses personnages par association d'idées, impressions, sensations. Le réalisateur crée ainsi un tourbillon d'émotions où le temps n'a plus vraiment court, relayé par la partition musicale d'Ennio Morricone, discrète et mélancolique, ou l'utilisation dès le générique du thème du Carnaval des Animaux, de Camille Saint-Saens. Ce dernier est la colonne vertébrale d'un film qui mêle dans un même geste le merveilleux, l'enchantement, à l'angoisse la plus profonde. Dans ce monde presque déréalisé, cette symphonie des âmes et des corps, seule la nature semble matérialisée, permanente et immuable, bien au-delà des faiblesses humaines.
Hymne à la nature, oui, mais pas seulement. Car celle-ci peut aussi se montrer dévastatrice. Au-delà de tout manichéisme, Terrence Malick sait faire percevoir l'ambivalence de toute chose. La nature est sacrée, mais elle est aussi le révélateur de la trahison. Ce sont les deux personnages féminins, restés seuls, qui donnent finalement la clé du cinéma de Terrence Malick. A la toute fin du film, Abby semble avoir tout perdu, les deux amours de sa vie et tout espoir d'une vie meilleure. Et pourtant, c'est avec le regard insouciant d'une enfant échappée de sa pension que le cinéaste baisse le rideau. Malick juxtapose ici deux situations ambivalentes, et parvient à mêler deux émotions antithétiques qu'il établit dès son deuxième film comme matrice de son oeuvre : l'enchantement et la peur. Après La Balade Sauvage, coup d'essai, coup de maître, Terrence Malick se posait avec Les Moissons du Ciel en grand cinéaste du "hors-temps", associant aux peurs les plus primales l'amour le plus fort, à la sauvagerie la plus pure l'enchantement du monde.
Bande annonce - Les Moissons du Ciel
Bande annonce originale (1979) - Les Moissons du Ciel
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Nicolas Winding Refn, réalisateur danois remarqué, signe un polar stylisé dans les rues de Los Angeles, à la fois romance flottante entre deux âmes égarées, et polar à la violence brute, efficace et millimétré. Le tout porté par un personnage minéral, sec, taiseux, nouvelle figure du héros du XXIe siècle (impérial Ryan Gosling). Grande réussite !
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