Meilleurs films de la décennie

The Yards, Valse avec Bachir, There Will be Blood, Les Climats, Mulholland Drive, Elephant, L'Emploi du temps - La Vie moderne, Le Voyage de Chihiro, Magnolia et Eternal Sunshine of the Spotless Mind, composent mon Top 10 des meilleurs films de la décennie 2000-2009.
Rétrospective - Les 20 meilleurs films de la décennie 2000-2009

Les coups de coeur (et coups de gueule) du mois

Drive, de Nicolas Winding Refn - Sortie le 5 octobre 2011

Nicolas Winding Refn, réalisateur danois remarqué, signe un polar stylisé dans les rues de Los Angeles, à la fois romance flottante entre deux âmes égarées, et polar à la violence brute, efficace et millimétré. Le tout porté par un personnage minéral, sec, taiseux, nouvelle figure du héros du XXIe siècle (impérial Ryan Gosling). Grande réussite !

 

Le Skylab, de Julie Delpy - Sortie le 5 octobre 2011

Réunion de famille drôle et tendre, parfois maladroite à l'image de sa réalisatrice. Mais son sens du détail, sa petite musique nostalgique, et surtout la pertinence de son regard sur l'enfance emportent immédiatement l'adhésion ! Une des réussites de l'année côté cinéma français... 

 

19/08/2011 : Marion Cotillard, héroïne principale du prochain film de James Gray !

Je me pince, serait-ce un cauchemar ? L'actrice la plus mielleuse du cinéma mondial (voir Inception !), croisera la route du plus mesuré et millimétré des cinéastes américains (voir chacun de ses films !) !  Le pitch ne laisse rien augurer de bon : une immigrée polonaise qui doit se prostituer pour subvenir aux besoins de sa soeur malade.

Seule bonne nouvelle : le film signe le retour au cinéma de Joaquin Phoenix !

Musique de film

C'était en 1995, Martin Scorsese filmait Sharon Stone dans Casino sur la musique de Love is Strange (Mickey and Sylvia. Sylvia Robinson est décédée le 29 septembre). Cette chanson, ce moment (la rencontre entre Stone et De Niro), cette actrice, resteront à jamais gravés dans la mémoire des cinéphiles. Un petit miracle qui tient à quoi? La blondeur, le sourire final, l'inventivité visuelle de Monsieur Scorsese, la démarche de Miss Stone au ralenti, le regard fasciné de Robert De Niro... Appréciez plutôt...

 

Les mots des cinéastes

Nicolas Winding Refn, réalisateur de Drive

[A la fin de sa première entrevue avec Ryan Gosling qui lui propose de réaliser le film] "Pendant le trajet, alors que je me demande ce que je fais là, que j'ai toujours envie de tuer Harrison Ford et pas du tout de faire un film de voitures, Ryan allume la radio qui diffuse la chanson I can't fight this feeling any longer, de REO Speedwagon, un tube des années 1980. Parfois, quand on est fiévreux, on est très émotif. Je sens que cette chanson me fait quelque chose... j'augmente le volume et je commence à pleurer ! Ryan s'affole un peu. Je commence à chanter à tue-tête, de plus en plus fort. Je me tourne vers lui et je m'écrie : "Ca y est, j'ai trouvé ! Drive, c'est un film sur un gars qui conduit la nuit en écoutant des chansons pop, car c'est sa seule manière de décompresser émotionnellement !" "Dans le mille !", me répond-il. Voilà comment Drive est né. (Positif, octobre 2011)

Mardi 10 novembre 2009 2 10 /11 /Nov /2009 14:47


Cinéma et musique font décidément bon ménage, dans les premiers films présentés sur ce blog. C'est encore le cas avec (500) jours ensemble, un premier film, avec Zooey Deschanel et Joseph Gordon-Levitt. Le film est une comédie romantique (un peu désabusée), mais débarassée de tous les clichés du genre. D'ailleurs, il commence par ces mots : "Ce film est une fiction. Toute ressemblance avec des personnages réels serait pure coïncidence... Surtout avec toi Jenny Beckman... Connasse...". Ca donne le ton dès le début. Et on apprend dès la première séquence que les 2 personnages ne finiront pas leurs jours ensemble, ce qui là aussi n'est pas très courant. Tout le film est construit autour de cette séparation : comment en sont-ils arrivés là ? (Dé)construit même, pourrait-on dire, puisque les séquences se déroulent dans le désordre... L'argument est tout simple, voire même très banal : lui est très amoureux, elle ne cherche rien de sérieux. Et pourtant, l'histoire fonctionne très bien, le film fourmille d'idées de mises en scène et de fantaisie (même dans les moments les plus déprimants). C'est parfois aigre, souvent très drôle, et on en ressort finalement le sourire aux lèvres (un peu comme après un bon Woody Allen). Les personnages sont très attachants, grâce au jeu très réaliste des 2 acteurs principaux. Zooey Deschanel, en plus d'avoir un beau timbre de voix (en témoigne l'album She and Him), est aussi une très bonne actrice. Léger comme une bulle de champagne, le film réunit sur sa bande originale certains des meilleurs chanteurs actuels de la musique indé américaine (Regina Spektor, Feist, She and Him...).

Bande annonce - (500) jours ensemble

 

Bande originale - (500) jours ensemble

Regina Spektor (Us)

The Smiths (Please, Please, Please, Let me get what I want)
Simon and Garfunkel (Bookends)

 

Et enfin, une vidéo bonus qui accompagnait la sortie du film aux Etats-Unis : une scène dansée qui rappelle le chassé-croisé amoureux du film. La chanson : Zooey Deschanel et M.Ward avec leur bel album She and Him. A déguster.

 

Par Guillaume - Publié dans : Actuellement dans les salles
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Mardi 10 novembre 2009 2 10 /11 /Nov /2009 13:30

James Gray est, selon moi, le meilleur réalisateur américain actuel. Fortement influencé par le Nouvel Hollywood des années 1970 (Scorsese pour les thèmes, Coppola pour la forme), il est devenu en seulement 3 films (Little Odessa, The Yards et La Nuit nous appartient) le maître du film noir. Un peu plus lumineux, Two Lovers est un film-manifeste de son cinéma : son rapport à sa ville, New York, le dilemme tragique, une construction dramatique parfaite, le rapport ambivalent à la famille, et Joaquin Phoenix, peut-être le meilleur acteur de sa génération.

Tous les films de James Gray sont disponibles en DVD (excepté Little Odessa, le plus beau). Si vous ne connaissez pas encore, c'est vraiment le moment de vous y mettre, vous ne serez pas déçus.
James Gray était présent en décembre 2008 au Forum des Images pour présenter ses film, et comme nul mieux que lui ne peut s'exprimer sur son cinéma, la leçon de cinéma qu'il donna à cette occasion est disponible ci-dessous :



Critique



James Gray est l’un des rares jeunes réalisateurs américains actuels (avec peut-être aussi Paul Thomas Anderson, le réalisateur de Magnolia et There will be blood) qui semble bâtir, de film en film, ce que l’on pourrait appeler une « œuvre ». Marquée par un lieu emblématique, New York, et traversée par des obsessions récurrentes : le poids de la famille, la trahison, la culpabilité, le retour du fils indigne, et plus formellement un art de la construction et de la tension dramatiques, un goût prononcé pour la tragédie. Ses personnages sont en particulier constamment confrontés à un dilemme. Mais poussés par ce qui semble être une forme de déterminisme, ont-ils vraiment le choix ? Dans Little Odessa, Joshua Shapiro, le fils indigne devenu tueur à gages, peut-il réellement réintégrer la cellule familiale sans provoquer le drame ? Dans The Yards, Leo Handler, qui tente de se réinsérer après un séjour en prison, peut-il faire confiance à sa famille sans compromette sa situation ? Dans La nuit nous appartient, Bobby peut-il choisir un camp sans se perdre lui-même ? Plus globalement, les personnages de James Gray semblent se caractériser par leur distance (rapprochement ou éloignement) par rapport à la cellule familiale. C’est à nouveau ce programme qui est proposé, cette fois-ci de manière frontale, à Leonard (phénoménal Joaquin Phoenix), le personnage principal de Two Lovers. Doit-il suivre le destin tracé par ses parents et épouser Sandra qui lui est promise parallèlement à la fusion de l’entreprise familiale, ou écouter ses sentiments pour Michelle, sa nouvelle voisine, dotée de cette touche de folie, qui le fait tomber éperdument amoureux ?

 

En passant du film noir au drame sentimental, James Gray poursuit donc son exploration des relations humaines et surtout familiales. La sagesse dicterait à Leonard d’accepter la proposition de ses parents et de se résigner à une vie sans surprise. Son instinct, en revanche, le pousse vers Michelle, qui lui donne une véritable identité, louant ses talents de photographe (sans même cependant avoir vu son travail, au contraire de Sandra). James Gray signe certainement ici son film le plus autobiographique. Lui-même avoue en effet avoir dû s’opposer au giron familial pour tenter l’aventure cinématographique. De la même manière, la famille de Leonard, aimante et dévouée, étouffe ses velléités d’émancipation et de créativité. James Gray révèle ainsi de manière transparente son dispositif cinématographique : comment trouver son identité à l’intérieur de la cellule familiale ?

 

Si la continuité thématique est évidente, une communauté de style s’opère également entre tous les films de James Gray. Quand simplicité rime avec efficacité, le réalisateur se situe aux antipodes du cinéma américain actuel (David Fincher et consorts), et se revendique plutôt dans la veine du cinéma américain des années 70 (Scorsese pour les thèmes, Coppola pour la forme). Selon James Gray, Le Parrain constitue d’ailleurs le sommet du film noir, et Travis Bickle (incarné par Robert De Niro dans Taxi Driver) une bonne définition du personnage tel qu’il le conçoit. Il a d’ailleurs trouvé avec Joaquin Phoenix, un acteur caméléon, semblable à un Robert De Niro jeune, capable d’« être » littéralement son personnage, aussi ordinaire soit-il. Sans effets appuyés et avec une économie de plans étonnante, James Gray développe une histoire à l’intérieur de laquelle ses personnages révèlent complexité et ambiguïté. Leonard est d’abord une définition de l’anti-héros. En deux plans, la première scène du film enserre le personnage dans une image de dépressif suicidaire. Utilisation du ralenti, cadrage en contre-plongée et image glacée, James Gray installe une atmosphère qui épouse les émotions de son personnage. Dépressif, il l’est immanquablement, mais il est aussi bien d’autres choses. C’est ce que le film, et plus particulièrement le personnage de Michelle, révélera. De la même manière, Sandra et Michelle sont beaucoup plus ambiguës qu’elles ne le paraissent au départ. Imposée à Leonard au début du film, Sandra n’est pas le laideron attendu et tombe amoureuse jusqu’à vouloir le « sauver de ses démons ». Quant à Michelle, paraissant sûre d’elle et pétillante au début du film, elle est en fait une petite chose fragile dont il faut s’occuper. Révélant une face cachée et créatrice de Leonard et lui redonnant goût à la vie, c’est elle qui a besoin d’être « sauvée ». Elle constitue surtout pour Leonard une sorte de fantasme, mis en scène comme tel par James Gray. Lorsqu’elle lui donne rendez-vous dans un grand restaurant de Manhattan, la fascination qu’elle exerce sur Leonard se transpose sur la manière dont James Gray nous fait percevoir la ville. Le lyrisme de la musique et des travellings en contre-plongée sur la nuit new-yorkaise traduisent alors parfaitement cet envoûtement.

 

C’est avec beaucoup de pudeur et d’élégance que James Gray nous mène au cœur de ce nœud d’émotions et d’affects. La question du déterminisme, si présente dans ses précédents films, prend ici tout son sens à travers des choix de mise en scène. Lorsque l’euphorie à l’intérieur de la boîte de nuit laisse place à l’attente angoissée à l’extérieur, quelque chose de tragique se met en place. Leonard ne cesse d’ailleurs d’attendre Michelle jusqu’au final, doux-amer.

 

Two Lovers est finalement un grand film-manifeste sur le cinéma de James Gray. Il clôt avec brio un cycle sur New York, traitant ici de la fin des illusions et de la capacité à faire son deuil (d’un amour dans le film, et pour le réalisateur de sa période new-yorkaise). Avec James Gray, la vie n’est ni profondément triste ni profondément gaie, elle est un peu des deux à la fois. Un cinéma intermédiaire, hors du temps, et que, sous le signe de l’ambivalence (des personnages, des situations), il est certainement le seul cinéaste américain à proposer aujourd’hui.

Bande annonce - Two Lovers



Bande originale - Two Lovers (Henri Mancini, Lujon)

Par Guillaume - Publié dans : Critiques - Communauté : Ciné DVD
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Mardi 10 novembre 2009 2 10 /11 /Nov /2009 13:03


Premier plan. Un homme, seul, boit un café avant de se diriger vers le collège dans lequel il enseigne le français. Rituel de rentrée, rencontre avec les autres professeurs, la caméra colle au plus près de ce personnage et pénètre « entre les murs » pour ne plus en sortir. Désormais, entre enfermement et liberté, Laurent Cantet, par la finesse de son regard et du dispositif qu’il met en place, laisse percevoir ce qui se joue entre les différents acteurs présents dans ce collège : la circulation de la parole.

 

Car Entre les murs est avant tout un film sur le langage. C’est de ce dernier que naît la fiction, les bonheurs mais aussi les drames qui émailleront cette année scolaire mouvementée. La pédagogie de François Marin (interprété par François Bégaudeau) repose en effet, au-delà du respect de certaines règles, sur une libre circulation de la parole entre le professeur et ses élèves, une invitation à s’exprimer sans tabou sur les sujets les plus divers. Une forme de démocratie scolaire faite d’échanges, de confrontations, qui déclenchent inévitablement des conflits, mais également des petits miracles. Deux exemples : Esmeralda qui évoque sa lecture de La République de Platon, un ouvrage qui n’était pourtant pas au programme ; la fierté de Souleymane lorsque François décide d’accrocher sur les murs de la classe son autoportrait photographique. Personnage le plus fictionnel de l’histoire et autour duquel l’intrigue va se resserrer, Souleymane, jusque-là si replié sur lui-même, semble enfin s’ouvrir à lui-même et aux autres.

De son côté, François assoit son autorité sur sa maîtrise du langage. Dans son rapport avec ses élèves, il n’hésite pas à utiliser l’ironie et insiste beaucoup sur la question des registres de langue. Sauf que ce qu’il croit maîtriser peut parfois se retourner contre lui. S’il n’hésite pas à pousser les élèves jusqu’aux limites de leurs raisonnements, la situation inverse se produit à plusieurs reprises, notamment dans cette scène où il en arrive à répondre que la distinction entre langue écrite et langue orale repose sur l’intuition. Les questions s’enchaînent alors et le professeur se retrouve à bout d’arguments.

Plus globalement, il règne au sein de la classe une énergie et une jubilation langagière, d’où naît progressivement l’émotion.

 

Si Entre les murs est un formidable plaidoyer pour la démocratie scolaire et l’échange, à travers ces joutes oratoires et une parole qui circule en permanence, Laurent Cantet ne cache jamais les risques d’échec inhérents à ce type de pédagogie. Car comme ses élèves, François peut à tout moment tomber dans le piège du langage, la parole de trop, celle qu’il n’aurait pas dû prononcer. Cela arrive deux fois : lors du conseil de classe au cours duquel il emploie l’expression « scolairement limité » pour désigner l’un de ses élèves ; et au lendemain de ce conseil l’emploi du mot « pétasse ». Ces dérapages verbaux vont provoquer le conflit et entraîner Souleymane vers le conseil de discipline. Malgré tout, alors que le constat d’échec (de l’école ?) semble patent (une élève interpelle même François en lui disant : « Je ne comprends pas ce qu’on fait ici »), la dernière séquence laisse entendre que tout cela n’a pas servi à rien. Une dernière partie de football entre professeurs et élèves rejoue les rapports qui ont pu s’instaurer entre les différents acteurs présents au collège.

 

Avec Laurent Cantet, tout est affaire de regard. Après Ressources humaines et L’Emploi du temps, le cinéaste poursuit sa réflexion sur la valeur du travail, ses compromissions, ses doutes, à travers la chronique d’un professeur de français et de ses élèves durant toute une année scolaire. Mais plus encore que dans ses précédents films, il met en place un dispositif quasi-documentaire, destiné à serrer au plus près ses personnages. A l’intérieur de la classe, trois caméras : la première pointée vers le professeur, la deuxième cadrant l’élève principal de la scène, la troisième se dirigeant vers tout ce qui circule autour des personnages. Ce dispositif à trois caméras épouse donc la pédagogie égalitariste du professeur. En effet, les discussions sont toujours filmées en champ/contrechamp et la caméra ne surplombe jamais les personnages, mis sur un pied d’égalité. C’est cette adéquation entre le fond et la forme qui fait tout le prix de ce film. Il n’y a guère que dans la cour de récréation que les plans s’élargissent et que la plongée est permise ; car le point de vue est alors celui de la salle des professeurs. Plages de respiration, ces plans n’en reproduisent pas moins les conflits rencontrés dans la salle de classe. L’utilisation du numérique et de la caméra portée finissent de produire un effet de réel, renforcé par la présence au casting de comédiens amateurs qui vivent ou pourraient vivre les situations décrites dans le film. L’ensemble de ces éléments forme un film fragile, une forme de captation à la fois discrète et contrôlée de la vie d’une classe, où l’émotion peut affleurer à tout instant.

 

Formellement, Entre les murs a tout d’un documentaire. Et pourtant, il est loin d’en être un. Laurent Cantet et Robin Campillo (tous deux au scénario) se sont d’abord inspirés de la matière première que constituait le récit de François Bégaudeau paru en 2006. Ce dernier y relatait sa propre expérience de professeur de collège dans un quartier difficile. Ils ont ensuite organisé tout au long de l’année scolaire un atelier le mercredi qui leur a permis de préparer le tournage, de mieux connaître les élèves et de les inciter à injecter un peu de leur vécu dans les personnages qu’ils auraient à incarner. Et c’est ce mélange de différentes influences, cette recréation de la vie d’une classe, qui rend le parcours des différents personnages si intéressant.

D’autre part, le film bénéficie d’une véritable charpente dramatique. S’il débute par une compilation de moments-clés, très vite, une véritable progression s’opère jusqu’à l’acmé que constitue le conseil de discipline de Souleymane.

 

En définitive, avec Entre les murs, Laurent Cantet signe à nouveau le portrait d’un homme solitaire hors les murs de sa classe, parlant peu avec ses collègues et arpentant souvent seul les couloirs du collège. Il y retrouve le thème qui fonde son cinéma, de Ressources humaines à L’emploi du temps : la place de l’individu dans un microcosme, ici l’école. Se plaçant en position d’observateur, il décrit avec pudeur ce métier d’enseignant jusque dans ses lâchetés. Lorsque l’un d’eux craque en salle de permanence, aucun d’entre eux n’est capable de le réconforter. En revanche, lorsque François pénètre à nouveau « entre les murs », l’espace du dialogue est recréé. Une parole en liberté.

 

Bande annonce - Entre les murs

Par Guillaume - Publié dans : Critiques - Communauté : Ciné DVD
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Mardi 10 novembre 2009 2 10 /11 /Nov /2009 01:44

Suite et fin (provisoirement) de ce mini-cycle avec un film magnifique du cinéaste israélien Ari Folman, Valse avec Bachir. Injustement ignoré par le jury du Festival de Cannes 2008, mais plébiscité par le public, on y retrouve, au-delà de l'aspect formel (film d'animation et documentaire), la même volonté de placer l'humain au premier plan, à travers le questionnement identitaire d'un ancien soldat israélien, présent au Liban durant les massacres de Sabra et Chatila. Là encore, politiquement, le film est extrêmement fort et audacieux. Poignant et sublime, il est porté par des instants de pure poésie, une profonde mélancolie et une bande originale qui m'a laissé le souffle coupé. Assurément l'une des mes plus belles émotions de cinéma.

 


Critique


Valse avec Bachir est un film d’animation. Valse avec Bachir est un documentaire d’animation. Sensation du Festival de Cannes 2008 (où il n’a étonnamment remporté aucun prix), le nouveau film du cinéaste israélien Ari Folman interroge les frontières entre documentaire et fiction et offre une réflexion résolument antimilitariste sur la guerre et ses traumatismes.

 

Un dispositif documentaire

 

Une rencontre avec un ami en proie à des cauchemars récurrents réveille en Ari, metteur en scène israélien, un souvenir longtemps refoulé de la guerre du Liban : en 1982, jeune soldat, il se baigne au large de Beyrouth en compagnie de deux camarades de régiment. Ce souvenir provoque en lui un besoin vital de se retourner vers cette période et de tenter de comprendre son implication dans le conflit. Pour cela, il recueille les témoignages de ceux qui étaient avec lui là-bas et, peu à peu, des bribes de souvenirs resurgissent…

 

L’histoire du film rejoint celle d’Ari Folman lui-même. C’est en effet sa propre impuissance à rappeler à lui ses souvenirs de la guerre du Liban qui a fourni au réalisateur l’idée initiale du film. Et c’est une enquête minutieuse auprès de ses anciens compagnons d’armes qui sert de trame à son scénario. Au fil des témoignages, chacun dévoile son expérience de la guerre, sa mémoire défaillante, l’inconscience du départ suivie d’un douloureux retour à la réalité lors du débarquement à Beyrouth et des massacres qui s’ensuivront. Ari Folman réussit parfaitement ces scènes documentaires : cadres fixes sur les personnages, voix profondes et sépulcrales, attention au moindre détail (cigarette)… Par l’emploi de techniques purement documentaires appliquées à l’animation traditionnelle, Ari Folman entretient un trouble entre fiction et documentaire, rêve et réalité, onirisme et faits concrets.

 

Quand l’animation entretient l’imaginaire

 

Et c’est bien cet entrelacs de régimes d’images différents qui fait tout le prix de ce film bouleversant. Car la question du choix de l’animation devient obsolète dès la première séquence, terrifiante, dans laquelle une meute de chiens se lance dans une course au but imprécis. On ne comprendra que plus tard qu’ils représentent pour celui qui en rêve chaque nuit une métaphore de la culpabilité qui survit à la mort semée sur son passage. En quelques plans bien pensés, ce sont des images de chaos, sombres et angoissantes, que nous offre Ari Folman. La réussite de ces scènes tient à un travail magnifique sur l’image que n’aurait pas permis un film en images réelles. Ce recours à l’animation permet surtout au réalisateur de présenter une vision incroyablement subjective, la sienne, de la guerre, entre scènes oniriques et poésie, réalité de l’attente et de l’horreur des combats. Tel personnage évoque ainsi le fantasme d’une sirène au creux de laquelle il serait parti en mer pendant que le bateau sur lequel se trouvaient ses camarades se faisait bombarder. Tel autre revisite ce moment où, poursuivi par l’ennemi, il tente de s’échapper par la mer en pleine nuit… Toutes choses qui se seraient révélées extrêmement difficiles à représenter en images réelles, mais qui, par le truchement de l’animation, prennent une ampleur et un souffle insoupçonnés. Une scène, LA scène, celle de la valse, constitue un sommet de poésie et finit de justifier l’emploi de l’animation pour représenter ce qui n’est qu’une vision subjective (parmi d’autres) de ce moment et de cette guerre.

Une technique d’animation traditionnelle qui se révèle également judicieuse pour faire percevoir la réalité de la guerre. A travers les déplacements de personnages qui semblent glisser lentement, c’est toute la lenteur de la guerre, l’attente qui la caractérise et l’irréalité qu’elle suscite, que fait percevoir Ari Folman.

Contre toute attente, le film n’est pas non plus dénué d’humour. Un humour qui sert de contrepoint au drame de la guerre, mais pas seulement. Une scène de fête sur un bateau, des soldats qui se prélassent sur une plage, tout cela témoigne surtout d’une vision partielle et subjective des événements (cela s’est-il vraiment passé ou la mémoire des personnages réinvente-t-elle une réalité trop horrible ?). Ces scènes disent également toute l’absurdité de la guerre.

 

Rythmé par une partition musicale diverse (Chopin y côtoie de la techno) et impressionnante, bouleversant de bout en bout, Valse avec Bachir se révèle donc tout autant un film de guerre qu’une méditation magistrale sur la mémoire. Ari Folman nous entraîne à l’intéreur de celle de ses personnages et nous y perd avec force et pudeur. Une mémoire réinventée, reconstituée, et enfin retrouvée.

Bande-annonce - Valse avec Bachir

 

Extrait - Valse avec Bachir

 

Bande originale - Valse avec Bachir (Max Richter)

 

Par Guillaume - Publié dans : Critiques - Communauté : Ciné DVD
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Dimanche 8 novembre 2009 7 08 /11 /Nov /2009 22:32


On reste dans la thématique du week-end avec une rétrospective des films du réalisateur israélien Eytan Fox. C'est donc le Forum des Images qui lui déroulait le tapis rouge ce week-end en projetant 4 de ses 5 films. Pour ma part, j'en ai choisi 2 sans vraiment savoir à quoi m'attendre : The Bubble (2007) et Tu marcheras sur l'eau (2004). Heureuses surprises ! On croit parfois que les préoccupations dans un pays en guerre sont très différentes des nôtres, The Bubble vient couper court à cette idée reçue. Eytan Fox nous plonge dans le quotidien de la jeunesse israélienne d'aujourd'hui, à travers l'histoire de trois personnages : Noam, disquaire, Yali, gérant de café, et Lulu, vendeuse dans une boutique de produits de beauté. Tous trois partagent un appartement à Tel Aviv, la "bulle" du titre, ville qui semble largement déconnectée de la réalité des conflits de la région. Leur rencontre avec Ashraf, un Palestinien dont Noam tombe amoureux, va bouleverser leur quotidien... Si le film s'ouvre et se ferme sur deux événements tragiques, il se déroule pour l'essentiel dans un grand vent de liberté et de légèreté. C'est tout le "paradoxe" révélé par le dernier film d'Eytan Fox. Car ces quatre personnages ne recherchent finalement que le bonheur, et donc l'amour (gay ou hétéro). Avec sensualité, le réalisateur nous entraîne dans des scènes de marivaudage extrêmement savoureuses. L'aspect politique n'y est toutefois pas totalement absent, puisque les personnages participent à l'organisation d'une rave en faveur de la paix. Sous nos yeux, la vie se déroule à Tel Aviv dans un espèce de doux flottement, à la fois angoissant (le calme avant la tempête ?) mais surtout enivrant. La belle bande originale du film, qui va de Keren Ann à Ivri Lider, traduit parfaitement cette forme d'heureuse mélancolie. A noter cependant que le film ne s'épargne pas de montrer l'intolérance des Israéliens vis-à-vis d'Ashraf, obligé de cacher son identité (jusqu'à changer de nom) pour pouvoir évoluer parmi eux. Et une fois sorti de Tel Aviv, la réalité reprend ses droits, et la liberté se restreint. Ashraf, rentré chez lui pour le mariage de sa soeur, ne peut avouer sa liaison avec Noam. Et même lorsqu'il se décidera à le faire, sa soeur elle-même sera incapable de l'accepter. L'émotion affleure alors, contrebalancée par un moment de pure comédie. Noam et Lulu, sans nouvelles d'Ashraf, décident de le rejoindre dans les "territoires" en se faisant passer pour une équipe de télévision. Cette échappée donne lieu à des instants savoureux, notamment quand les deux personnages décident de parler anglais avec l'accent français pour éviter d'attirer l'attention (référence aussi aux personnages de Jules et Jim de Truffaut : "Tu es Jeanne Moreau, je suis Jules, nous allons retrouver Jim et mourir d'amour", dit Noam à Lulu). C'est fin, c'est beau. Faisant parfois penser à une Auberge espagnole à la sauce israélienne par son rythme, son ton et son humour constant, et en dépit d'une fin un peu convenue où la réalité douloureuse vient percer la "bulle", The Bubble est un film résolument optimiste, portant haut l'espoir d'une société apaisée.

Bonus : la bande-annonce et les deux extraits audio (Keren Ann et Tim Buckley) traduisent bien l'atmosphère envoûtante du film. Pour le 2e extrait audio, impossible de retrouver la version de Ivri Lider, c'est donc celle de Tim Buckley qui est proposée. Un dernier conseil : si vous aimez ces musiques, vous devriez aimer le film.

Bande-annonce - The Bubble
 

 
Bande originale - The Bubble (Keren Ann, Chelsea Burns)


Bande originale - The Bubble (Tim Buckley, Song to the Siren)



Si la tentation de l'angélisme est évitée dans The Bubble, elle l'est hélas beaucoup moins dans le précédent film du cinéaste, Tu marcheras sur l'eau (2004). C'est la principale faiblesse d'un film pourtant non dénué de qualités. Eyal, un agent du Mossad, est chargé de retrouver un ancien officier nazi, Alfred Himmelmann. Pour cela, il devient le guide touristique du petit-fils d'Himmelmann, Axel, en voyage en Israël afin de ramener sa soeur en Allemagne pour l'anniversaire de leur père. Cette dernière a en effet brutalement coupé les ponts avec sa famille et s'est installée dans un kibboutz. L'infiltration d'Eyal au sein de cette fratrie assez fantasque, et plus particulièrement l'opposition avec Axel, va progressivement l'amener à reconsidérer sa propre identité.

Avec Tu marcheras sur l'eau, Eytan Fox est plus que jamais un cinéaste d'hommes. A la différence d'Eran Riklis (La Fiancée syrienne), il préfère s'attacher à la figure de l'homme israélien, et plus particulièrement à son évolution. Ici, c'est par le portrait antithétique de deux hommes, Axel et Eyal, l'Allemand et l'Israélien, que Eytan Fox souhaite nous faire pénétrer dans la psyché israélienne. Avec la sensibilité et la générosité qui caractérisent son cinéma, la peinture des relations à la fois tendres et heurtées entre les deux hommes sert de révélateur. La première séquence du film présente Eyal de manière froide et brutale, elle fait penser en cela à la scène d'ouverture de Little Odessa, de James Gray. Eytan Fox est né à New York, et ne doit pas être insensible à  ce cinéma-là, notamment par son rapport presque charnel à la ville, New York pour James Gray, Tel Aviv pour le réalisateur israélien. L'acteur lui-même, minéral et impassible, peut faire penser à l'interprétation de Tim Roth dans le film de James Gray. Parenthèse refermée, cette minéralité se trouble progressivement au contact des deux Allemands. Entre passages de comédie réussis et thriller plutôt bien mené, Eytan Fox mêle des thèmes aussi divers que le poids du passé, l'Holocauste, le conflit israélo-palestinien, avec un seul but : montrer que c'est en tirant un trait sur le passé que l'espoir pourra à nouveau être permis. Il le dit en ces termes : "Je suis persuadé que le fait que les Israéliens soient toujours obsédés par l'Holocauste et leur statut de victimes les empêche de voir qu'ils sont devenus des agresseurs, infligeant larmes et souffrances aux Palestiniens". Et encore : "J'ai décidé de raconter une histoire dans laquelle un homme va se confronter à ses sentiments les plus intimes et réussir à changer, en affrontant les événements les plus effroyables du passé". Ce qui frappe dans ce film, et dans le cinéma israélien en général, du moins celui qui arrive dans nos salles, c'est l'audace dont ils font preuve dans les thèmes abordés, souvent extrêmement critiques vis-à-vis d'eux-mêmes. C'est ce que propose ici Eytan Fox : la remise en question d'un homme pour pouvoir enfin faire table rase et retrouver la paix.
Si l'intention est louable, c'est pourtant là que le film pêche un peu par manque de subtilité. Parfois trop naïf, l'évolution du personnage paraît par moments peu crédible. Si The Bubble évite cet écueil par un humour constant, Tu marcheras sur l'eau, plus poétique, apparaît comme une utopie généreuse mais un peu illusoire.

Bande-annonce - Tu marcheras sur l'eau


Bande originale - Tu marcheras sur l'eau (Bruce Springsteen, Tunnel of Love)

Par Guillaume - Publié dans : Critiques
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  • : Une invitation à vagabonder au coeur du cinéma, mon cinéma. Ce blog veut créer des passerelles entre les films, entre les cultures, voire même entre les arts, tout en se laissant porter au gré de mes envies de cinéma. Et comme les films se répondent parfois entre eux, ce blog doit être un lieu d'échanges, donc n'hésitez pas à y apporter votre contribution. Laissez-vous maintenant entraîner dans ce journal passionné du cinéma, de tous les cinémas.
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Les coups de coeur (et coups de gueule) du mois

Drive, de Nicolas Winding Refn - Sortie le 5 octobre 2011

Nicolas Winding Refn, réalisateur danois remarqué, signe un polar stylisé dans les rues de Los Angeles, à la fois romance flottante entre deux âmes égarées, et polar à la violence brute, efficace et millimétré. Le tout porté par un personnage minéral, sec, taiseux, nouvelle figure du héros du XXIe siècle (impérial Ryan Gosling). Grande réussite !

 

Le Skylab, de Julie Delpy - Sortie le 5 octobre 2011

Réunion de famille drôle et tendre, parfois maladroite à l'image de sa réalisatrice. Mais son sens du détail, sa petite musique nostalgique, et surtout la pertinence de son regard sur l'enfance emportent immédiatement l'adhésion ! Une des réussites de l'année côté cinéma français... 

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