Meilleurs films de la décennie

The Yards, Valse avec Bachir, There Will be Blood, Les Climats, Mulholland Drive, Elephant, L'Emploi du temps - La Vie moderne, Le Voyage de Chihiro, Magnolia et Eternal Sunshine of the Spotless Mind, composent mon Top 10 des meilleurs films de la décennie 2000-2009.
Rétrospective - Les 20 meilleurs films de la décennie 2000-2009

Les coups de coeur (et coups de gueule) du mois

Drive, de Nicolas Winding Refn - Sortie le 5 octobre 2011

Nicolas Winding Refn, réalisateur danois remarqué, signe un polar stylisé dans les rues de Los Angeles, à la fois romance flottante entre deux âmes égarées, et polar à la violence brute, efficace et millimétré. Le tout porté par un personnage minéral, sec, taiseux, nouvelle figure du héros du XXIe siècle (impérial Ryan Gosling). Grande réussite !

 

Le Skylab, de Julie Delpy - Sortie le 5 octobre 2011

Réunion de famille drôle et tendre, parfois maladroite à l'image de sa réalisatrice. Mais son sens du détail, sa petite musique nostalgique, et surtout la pertinence de son regard sur l'enfance emportent immédiatement l'adhésion ! Une des réussites de l'année côté cinéma français... 

 

19/08/2011 : Marion Cotillard, héroïne principale du prochain film de James Gray !

Je me pince, serait-ce un cauchemar ? L'actrice la plus mielleuse du cinéma mondial (voir Inception !), croisera la route du plus mesuré et millimétré des cinéastes américains (voir chacun de ses films !) !  Le pitch ne laisse rien augurer de bon : une immigrée polonaise qui doit se prostituer pour subvenir aux besoins de sa soeur malade.

Seule bonne nouvelle : le film signe le retour au cinéma de Joaquin Phoenix !

Musique de film

C'était en 1995, Martin Scorsese filmait Sharon Stone dans Casino sur la musique de Love is Strange (Mickey and Sylvia. Sylvia Robinson est décédée le 29 septembre). Cette chanson, ce moment (la rencontre entre Stone et De Niro), cette actrice, resteront à jamais gravés dans la mémoire des cinéphiles. Un petit miracle qui tient à quoi? La blondeur, le sourire final, l'inventivité visuelle de Monsieur Scorsese, la démarche de Miss Stone au ralenti, le regard fasciné de Robert De Niro... Appréciez plutôt...

 

Les mots des cinéastes

Nicolas Winding Refn, réalisateur de Drive

[A la fin de sa première entrevue avec Ryan Gosling qui lui propose de réaliser le film] "Pendant le trajet, alors que je me demande ce que je fais là, que j'ai toujours envie de tuer Harrison Ford et pas du tout de faire un film de voitures, Ryan allume la radio qui diffuse la chanson I can't fight this feeling any longer, de REO Speedwagon, un tube des années 1980. Parfois, quand on est fiévreux, on est très émotif. Je sens que cette chanson me fait quelque chose... j'augmente le volume et je commence à pleurer ! Ryan s'affole un peu. Je commence à chanter à tue-tête, de plus en plus fort. Je me tourne vers lui et je m'écrie : "Ca y est, j'ai trouvé ! Drive, c'est un film sur un gars qui conduit la nuit en écoutant des chansons pop, car c'est sa seule manière de décompresser émotionnellement !" "Dans le mille !", me répond-il. Voilà comment Drive est né. (Positif, octobre 2011)

Vendredi 25 février 2011 5 25 /02 /Fév /2011 21:00

21h00

C'est parti pour la 36é cérémonie des César. Arrivée de la présidente, Jodie Foster, qui s'exprime dans un français absolument parfait. La modestie incarnée, elle semble très bien connaître le cinéma français. La cérémonie est ouverte !

 

21h04

Entrée loufoque de Jean Rochefort, qui rappelle qu'il fut le 1er César en 1976. Gabin, Blier, Jouvet, il rappelle les grandes figures de ces années-là. Il fait rire Lionel Jospin !  Hélas, c'est le côté un peu ridicule des César qui commence, avec l'élection du maître de cérémonie de cette soirée... Antoine de Caunes gagne évidemment !

 

21h09

"Plus de 206 millions d'entrées pour le cinéma français", 'Pas de film de Jacques Audiard cette année, ça laisse la chance aux autres". Antoine de Caunes n'a pas totalement tort... Il se met ensuite en scène, jouant dans tous les films nommés : Mammuth, Gainsbourg, L'Arnacoeur, Le Nom des Gens, The Ghost Writer... C'est hélas franchement plutôt mou et pas très drôle. Dommage ! Ca n'empêchera pas les spectateurs fatigués de s'endormir !

 

21h15

Roman Polanski entre pour remettre le César du meilleur premier film.

Pronostic : Gainsbourg (vie héroïque). Mais on aimerait voir des films pêchus comme Tout ce qui

brille ou même L’Arnacoeur remporter un petit quelque chose…

Verdict sans surprise : Gainsbourg. Beau succès en salles et récompense aux César : bravo Joan Sfar !

 

21h23

Guillaume Galienne remet le César du meilleur second rôle féminin. Lui est drôle et rend tout à coup un hommage à Maria Schneider.

Voir Valérie Bonneton ou Karin Viard brandir le César serait un réel plaisir et l’assurance de discours tout sauf convenus. Mais Laetitia Casta ne l’entend peut-être pas de cette oreille…

Gagnante : Anne Alvaro. Pas vraiment une surprise car Anne Alvaro est notamment une grande comédienne de théâtre. Elle avait déjà été récompensée pour Le Goût des Autres en 2001. On récompense plus ici la qualité de la comédienne que la qualité du film, c'est certain !

 

21h30

Emmanuelle Béart remet le César du meilleur scénario original.

Remporter le César du meilleur scénario serait un bon indicateur de la cote d’amour du film de Xavier Beauvois qui semble bien parti pour survoler la compétition. Nous, on a une tendresse pour ces comédies sociales que semble découvrir le cinéma français, représentées par Mammuth et Le Nom des Gens.

Verdict intéressant : Le Nom des Gens est récompensé. Belle surprise ! Le film réussit à parler avec une belle légèreté de choses graves.  

 

21h35

Antoine de Caunes rend hommage à Quentin Tarantino en anglais. Et quel plus bel hommage à Tarantino que de répéter "fuck" à longueur de phrases comme souvent les personnages de ses films ! Là encore, gag totalement raté, un phoque entre sur scène...

A nouveau Emmanuelle Béart pour le meilleur scénario adapté.

Ouf ! Des hommes et des Dieux ne figure pas dans cette catégorie. Ce qui laisse le champ libre à The Ghost Writer, sans doute le scénario le plus efficace de l’année !

Verdict : The Ghost Writer ! Récompense absolument méritée ! 1er César du scénario pour Polanski qui rend hommage à Robert Harris, auteur de l'ouvrage dont est tirée l'adaptation.

 

21h41

Que d'hommages ! Maintenant à Jafar Panahi toujours emprisonné en Iran...

 

21h42

La très belle Mélanie Thierry s'avance sur la scène pour remettre le César du meilleur second rôle masculin.

Tout le monde l’attend, le César ne devrait pas échapper à Michael Lonsdale (Des Hommes et des Dieux).

Et le gagnant est  : Michael Lonsdale, sans surprise. L'acteur de 80 ans remporte son 1er César ! L'acteur raconte une belle anecdote sur la modestie dans le métier d'acteur.

 

21h48

Meilleurs costumes : La Princesse de Montpensier. La vainqueur n'est pas,présente.

 

21h54

César du meilleur court-métrage remis par le tordant François Damiens, plein de mauvaise foi.

Meilleur court-métrage : Logorama, déjà oscarisé l'an dernier. Un film plein de logos !!! "On a pris beaucoup de plaisir à construire un monde de marques, et encore plus à le saccager !" (les réalisateurs)

 

22h01

Elie Sémoun remet le César du meilleur film d'animation. Franchement pas drôle Elie Sémoun !

Pronostic : L’Illusionniste, magnifique film d’animation en référence à Jacques Tati. S’il n’est pas récompensé, j’arrête direct la télé…

Et le vainqueur est : L'Illusionniste, de Sylvain Chomet. Après Les Triplettes de Belleville, Sylvain Chomet porte haut les couleurs du film d'animation français. Il rend hommage à Jacques Tati.

 

22h08

Voilà venu le moment du César d'Honneur décerné cette année à Quentin Tarantino. Diane Kriger et Christoph Waltz, acteurs dans Inglorious Basterds, le lui remettent. Reservoir Dogs, Pulp Fiction, Kill Bill, Jackie Brown... autant de films cultes dans la carrière d'un cinéaste qui reste un OVNI dans la production cinématographique américaine.

Standing ovation. "Vive le cinéma !" (Quentin Tarantino)

 

22h18

Charlotte Le Bon, ravissante Miss Meteo de Canal Plus, vient décerner le César de la meilleure musique.

Coup de cœur pas très original : Alexandre Desplat pour The Ghost Writer. Egalement nommé aux Oscar, le compositeur pourrait se voir récompensé des deux côtés de l’Atlantique. Pour The Ghost Writer, il le mérite indéniablement…

Verdict : Alexandre Desplat. Bien pour The Ghost Writer ! En même temps, Desplat est le meilleur dans sa catégorie. Il remercie Polanski, les "fantastiques" musiciens qui ont participé, son père et sa compagne. Doublera-t-il la mise aux Oscar pour Le Discours d'un Roi ?

 

22h25

Bel hommage à Bernard Giraudeau qui nous a quittés cette année, extraits de films à l'appui. Grande carrière, grand acteur !

 

22h32

Meilleur montage

Pronostic : The Ghost Writer ou Carlos. L’histoire du film d’Olivier Assayas, une mini-série de 5 heures qui devient un film de 2h30 pourrait bien lui valoir ce César.

3e César pour The Ghost Writer. Excellent et logique ! Le film pourrait-il tout rafler ce soir? J'en doute quand même un peu, même s'il le mériterait amplement...

 

22h36

Meilleur son

Là encore, The Ghost Writer est le favori logique, pour ces prix techniques.

C'est Gainsbourg qui remporte la mise. Why not ? 2e César pour le film.

 

22h42

Meilleur film étranger 

The Social Network fait indéniablement partie des 2 ou 3 meilleurs films de l’année, il devrait donc logiquement l’emporter. Non pas un film sur Facebook, mais un film fascinant sur la création, la vampirisation, les rapports de force qui régissent nos vies.

Le gagnant : Social Network. Génial ! LE film américain de l'année, avec A Serious Man (frères Coen). Un rythme incroyable du début à la fin, qui épouse le rythme intérieur de son personnage principal.

 

22h49

Meilleur espoir féminin

Difficile d’établir un pronostic dans cette catégorie. Le succès de Tout ce qui brille sera-t-il récompensé par l’intermédiaire de ses actrices ? Mais si l’on parle de révélation, la seule à mériter vraiment cette distinction serait bien Yahima Torres…

Verdict : Leïla Bekhti pour Tout ce qui brille. La fraîcheur et l'émotion arrivent enfin dans cette cérémonie.

 

22h56

Les actrices de Tournée viennent remettre le César du meilleur décor.

The Ghost Writer, peut-être ?

Verdict : Adèle Blanc-Sec. Toujours étonnant de voir un film de Luc Besson récompensé aux César...

 

22h59

Meilleure photo

Gagnant : Des Hommes et des Dieux. Caroline Champetier : "Je pensais que j'avais trop mauvais caractère pour avoir un César".

 

23h06

Meilleur espoir masculin remis par la troublante Emmanuelle Seigner.

On voit mal comment ce César pourrait échapper à Edgar Ramirez qui a marqué les esprits dans le Carlos d’Olivier Assayas…

Verdict : Edgar ramirez. "Merci à l'Académie Française !" Hommage énormissime à Olivier Assayas ! Emouvant Edgar Ramirez !

 

23h16

On fête les morts ! L'occasion de rendre hommage à Claude Chabrol...

 

23h19

Meilleur documentaire

Vainqueur : Océans. Quelle prise de risque ! No Comment !

 

23h24

Nathalie Baye fait son apparition sur la scène du Châtelet pour décerner le César du meilleur réalisateur.

Mathieu Amalric (pourtant Prix de la Mise en Scène du dernier Festival de Cannes) et Bertrand Blier éliminés d’entrée, le César devrait se jouer entre Roman Polanski, Xavier Beauvois et Olivier Assayas. Des Hommes et des Dieux va-t-il remporter les prix majeurs ?

Verdict : Roman Polanski. Etonnant, The Ghost Writer est en train de triompher et de laisser Xavier Beauvois sur le carreau ! Il remercie ceux qui l'ont soutenu pendant qu'il était en prison.

 

23h29

C'est François Cluzet qui fait son entrée pour couronner la meilleure actrice. Son discours est un vibrant hommage à Claude Chabrol.

La concurrence est très très rude dans cette catégorie. La délicate Isabelle Carré, la dévoreuse d’hommes de droite Sara Forestier, la frêle Charlotte Gainsbourg, devraient être éclipsées par une bataille entre deux géantes : Catherine Deneuve, étonnante dans Potiche, et peut-être surtout Kristin Scott Thomas qui mériterait d’être enfin récompensée après plusieurs nominations infructueuses. Réponse tout de suite…

Verdict : Sara Forestier. Quelle surprise ! Et pourquoi pas, après tout ? "Le seul truc que j'avais préparé aujourd'hui, j'ai mis ma culotte porte-bonheur !" ; "ce film est tellement dans la vie !" ; "je voudrais remercier Mathilde qui me raccompagnait dans sa Twingo le soir" ; "Quand j'ai fait le film, je connaissais rien à la politique et j'étais vierge !"

Rien que pour ce discours, Sara Forestier méritait de remporter ce César. Un vent de jeunesse souffle !

 

23h37

Valérie Lemercier trouve cette compétition "dégueulasse", "l'académie des César devrait tirer des leçons d'une certaine place Tahir", "c'est très souvent entre 30 et 65 ans qu'on change de partenaire, quel que soit le vainqueur et même si c'est un prêtre..." Elle remet le César du meilleur acteur.

Si les films de Romain Duris et Jacques Gamblin ne semblent pas avoir le profil adapté aux César (quoique Sara Forestier vient de l'emporter), Gérard Depardieu et Lambert Wilson pourraient être de nouveau récompensés par l’Académie. A moins que la performance d’Eric Elmosnino en Serge Gainsbourg ne soit reconnue par les votants. Et ce ne serait que justice…

Verdict : Eric Elmosnino, tout en nonchalance. Comme Anne Alvaro, Elmosnino est avant tout un grand acteur de théâtre. Décidément, les frontières entre cinéma et théâtre s'effritent...

 

23h44

Jodie Foster remet le César du meilleur film.

Qui remportera la récompense suprême dans un instant ? Si Des Hommes et des Dieux fait figure de grand favori, la surprise pourrait venir du Ghost Writer de Polanski qui a déjà remporté de nombreux prix ce soir. Deux films très différents, presque opposés : le mouvement lent du film de Xavier Beauvois face au thriller redoutablement efficace et pervers de Polanski. Personnellement, mon cœur penche pour le second…

Verdict : Des Hommes et des Dieux quand même. On n'y croyait plus. Favori de la compétition, le film remporte finalement la récompense suprême. "Quand j'étais petit, j'avais envie de faire François Truffaut dans la vie", quand on est cinéaste, on peut mettre une parole en lumière, une parole d'intelligence, un message de liberté-égalité-fraternité". Message politique pour Xavier Beauvois. "C'est un très beau cadeau, merci beaucoup !"

 

 

CLAP DE FIN... Belle moisson de prix pour The Ghost Writer, Des Hommes et des Dieux meilleur film comme attendu, et la grande surprise de la soirée : Sara Forestier meilleure actrice. A l'année prochaine !

 

Par Guillaume - Publié dans : Cérémonie des Césars (le direct !) - Communauté : A voir, à lire, à écouter
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Vendredi 25 février 2011 5 25 /02 /Fév /2011 08:27

Ce soir à 21h, l'Académie des Césars décernera ses prix aux meilleurs films, réalisateurs, acteurs, scénaristes... de l'année. Qui de L'Arnacoeur, Le Nom des gens, The Ghost Writer, Tournée, Des Hommes et des Dieux, Serge Gainsbourg (une vie héroïque) ou Mammuth, remportera la récompense suprême ? Donné favori, Des Hommes et des Dieux confirmera-t-il son statut ? Volera-t-il la vedette aux nombreuses comédies (sociales) nommées cette année ? Roman Polanski sera-t-il à nouveau couronné pour ce qui constitue à mon sens le meilleur film de cette sélection, mais dont l'origine française reste à confirmer ? Les Petits Mouchoirs, succès français de l'année, seulement nommé pour ses seconds rôles, repartira-t-il bredouille de la cérémonie ? Les réponses à toutes ces questions, et à bien d'autres, ce soir !

 

 

 

Vivez cette cérémonie en direct commenté sur ce site, ce soir à partir de 21h ! Et n'hésitez pas à commenter, en direct ou en différé, ces résultats !

Par Guillaume - Publié dans : Cérémonie des Césars (le direct !) - Communauté : A voir, à lire, à écouter
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Mercredi 15 décembre 2010 3 15 /12 /Déc /2010 23:21

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Peut-être est-ce un tort, mais je me rends rarement au théâtre. Trop habitué au cinéma qui, même épuré, dirige le regard par ses moyens techniques et sa grammaire, j'ai souvent du mal à poser mon regard sur une scène de théâtre. Quoi regarder ? Comment ? Je ne maîtrise pas les codes de cet art que l'on pourrait qualifier de plus "global". En un mot, au théâtre, le "gros plan" me manque... Celui qui révèle les fêlures d'un personnage, celui qui change soudain la perspective et laisse percevoir ce que l'on ne soupçonnait pas... D'une certaine manière, le cinéma serait l'art de la subtilité quand le théâtre ne pourrait atteindre cet état de grâce, par la distance qui s'installe entre la scène et le public. Véritable paradoxe : le cinéma recrée la réalité par l'artifice même, quand le théâtre met à nu ses acteurs par la simplicité de son dispositif et se donne davantage sur la durée. En réalité, c'est peut-être une différence de point de vue qui sépare cinéma et théâtre. Quand, en un plan, le cinéma peut emporter son spectateur, le théâtre, lui, n'offre pas le même confort (la même facilité pourrait-on dire).

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Ce 14 décembre 2010, c'est fort de ces considérations sur les frontières entre cinéma et théâtre, animé d'un enthousiasme agréable (et un peu effrayant : la peur d'être déçu), que je découvrais la pièce Le Roi se meurt à la Comédie des Champs-Elysées, avec dans le rôle-titre un monstre sacré du cinéma et du théâtre, Michel Bouquet. A 85 ans, l'acteur crée à nouveau (car on peut véritablement parler de création) ce rôle de Roi que la mort vient rappeler à elle. Surtout, il est à lui seul un point de jonction entre théâtre et cinéma. Car Michel Bouquet, c'est avant tout un visage et une voix (grave, profonde). Mis en valeur par les artifices du cinéma, ces deux traits de son être "éclatent" sur la scène du théâtre. Et Le Roi se meurt est un véritable écrin pour le talent de l'acteur. Capable de passer de la vieillesse à l'enfance, du comique au tragique, de la puissance (toute relative au début de la pièce) au pathétique, Michel Bouquet parvient à rendre toute son humanité à Bérenger Ier. Car roi au pouvoir défaillant, Bérenger Ier est un homme comme les autres, effrayé par l'approche de la mort, annoncée d'entrée de jeu par sa première épouse, Marguerite, pour "la fin du spectacle". Réflexion fascinante sur le temps et la mort, Le Roi se meurt permet à Michel Bouquet de déployer sa maîtrise de l'art de la scène. Sa diction si particulière, sa capacité à créer les mutliples visages de Bérenger Ier, ce travail si profond est un éblouissement de chaque instant. Michel Bouquet fait surtout ressentir ce plaisir fou qui l'habite encore de dire les plus grands textes du théâtre. Un plaisir qui mêle à la conscience de la mort qui approche, les accents les plus émouvants de l'enfance.

 

 

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Jeudi 25 novembre 2010 4 25 /11 /Nov /2010 22:59

Another Year, de Mike Leigh - Sortie le 22 décembre 2010  - 4/5

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"On nait seul et on meurt seul !" Au fil des quatre saisons, Mike Leigh observe le quotidien de soixantenaires appartenant à la classe moyenne britannique. On se désinteresse assez vite de Tom et Gerry, couple heureux, pour se concentrer sur les solitaires et dépressifs qui gravitent autour d'eux. Mike Leigh dessine, à mesure qu'avance le film, le portrait en creux de personnages qui, brisés par la vie, cherchent à tout prix à faire bonne figure sans jamais y parvenir. Un sens du tragique symbolisé par un dernier travelling panoté déchirant : peut-être le plan le plus signifiant et émouvant de l'année !

 

Buried, de Rodrigo Cortes - Sortie le 3 novembre 2010 - 3/5

Pour les amateurs de sensations fortes, le film de l'année ! Rodrigo Cortes maintient le spectateur sous tension pendant 95 minutes sidérantes ! Parti-pris radical : la caméra ne sort jamais de ce satané cercueil ! Le spectateur étouffe, suffoque, panique tout autant que le personnage principal, jusqu'à un dénouement absurde et hallucinant d'intensité dont on ressort tétanisé ! Claustros, s'abstenir ! Quelques reproches néanmoins : une musique un peu trop présente, et des effets à la Blair Witch un peu pompiers... Quoi qu'il en soit, la sensation horrifique de l'année !

 

Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu, de Woody Allen - Sortie le 6 octobre 2010 - 3,5/5

 

Comme souvent, sous ses dehors de comédie (réussie), Woody Allen nous offre un nouveau film à la noirceur vénéneuse, sur la difficulté de trouver le bonheur. Ses multiples personnages prennent conscience de ce qu'ils veulent vraiment, une fois qu'ils l'ont perdu. Entre illusions et renoncements, noir c'est noir !

Par Guillaume - Publié dans : Actuellement dans les salles - Communauté : A voir, à lire, à écouter
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Mardi 19 octobre 2010 2 19 /10 /Oct /2010 22:12

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"500 millions de membres, dans 207 pays... Facebook vaut aujourd'hui 25 milliards d'euros". C'est par ces chiffres, dont l'énormité n'a d'égale que la tranquillité avec laquelle ils sont dévoilés, que se termine The Social Network, probablement le meilleur film de David Fincher après le sublime Zodiac (2007). Mark Zuckerberg, plus seul que jamais alors que ses deux procès touchent à leur fin, "rafraîchit" à plusieurs reprises la page Facebook de la fille par qui tout a commencé. 

 

Car au commencement de Facebook, il y a un drame originel, une humiliation cruelle, celle subie par un jeune étudiant de Harvard (Zuckerberg donc) qui, incapable de la moindre empathie et obsédé par une éventuelle entrée dans un "final club", se fait brutalement "larguer" par sa copine au terme d'une joute verbale trépidante. Tout s'enchaîne alors très vite. Le soir même, pour se venger, Mark Zuckerberg pirate le système informatique de l'Université de Harvard et crée Facemash, un site qui affiche côte à côte deux photos d'étudiantes et demande à l'utilisateur de voter pour la plus canon. Succès immédiat : 22 000 connexions en une soirée ! D'une certaine manière, avec ce premier essai, Facebook est déjà créé ; Mark est accusé d'avoir violé intentionnellement la sécurité, les droits de reproduction et le respect de la vie privée. Devenu la star du campus, il est approché par les Frères Winklevoss, étudiants d'Harvard et champions d'aviron, qui souhaitent créer un espèce de réseau social strictement réservé à Harvard. Mark accepte d'abord de les aider, mais mène en parallèle, aidé par son meilleur ami, Eduardo Saverin, son propre projet. Cette première trahison est à l'origine de la naissance de Facebook...

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Ce qui marque d'entrée, dès la scène traumatique inaugurale, celle de la rupture, c'est l'impression de vitesse qui se dégage de ces premières minutes. Alors que la mise en scène sobre de David Fincher se contente de capter en champs/contrechamps la conversation entre Mark et sa copine, la vitesse de la logorrhée verbale de Zuckerberg, passant sans transition d'une idée à une autre dans la même phrase, symbolise déjà la vitesse de propagation de Facebook, virus qui s'insinuera très vite, d'abord dans les facs des Etats-Unis puis à travers le monde. David Fincher fait d'ailleurs sienne cette caractéristique de son personnage. The Social Network est en effet d'abord un film "schizophrène", à l'image de son personnage principal, geek associal et pourtant capable des meilleures réparties, et surtout d'attirer tel un vampire les meilleures idées à lui. La vitesse du film traduit cette dualité, par la percussion des dialogues du scénariste estimé Aaron Sorkin (on se souvient des travellings rythmés par ses dialogues dans la série A la Maison blanche), mais aussi par un scénario malin qui n'hésite pas à juxtaposer deux situations en parallèle, parfois même dans un même plan. David Fincher réussit donc la gageure de réaliser un film où la profusion des événements, la vitesse d'exécution, n'empêche pas la fluidité de la mise en scène. Fincher a compris depuis Zodiac (2007) que les mises en scène monumentales ne font pas forcément les meilleurs films, et sait désormais "montrer" sans trop forcer le regard du spectateur, en utilisant la grammaire cinématographique la plus élémentaire. La structure du film, qui repose en majeure partie sur la profusion des dialogues, nécessite ce traitement sobre, preuve de la confiance du réalisateur dans la qualité de son histoire et de son scénario.

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Un scénario qui reprend en grande partie les règles de la tragédie "classique". Si les règles d'unité de temps, de lieu et d'action (nous l'avons vu) ne sont évidemment pas respectées (l'alternance entre scènes de conciliation procédurale et flashbacks l'interdit), la structure du film qui évolue par "paliers" successifs rejoint celle des plus grandes tragédies. Ou plutôt tragi-comédies, car peinture d'une incroyable "success story", The Social Network met surtout en évidence les mécanismes (petites lâchetés et trahisons) par lesquels Mark Zuckerberg va construire l'oeuvre de sa vie. Acte I (prologue) : présentation du drame originel, et entrée dans l'action in medias res, avec la création de Facemash (ancêtre de Facebook), au mépris de toutes considérations sur la vie privée. Acte II : Zuckerberg franchit un palier supplémentaire avec la création de The Facebook, au prix d'une première grande trahison. Acte III : développement de The Facebook dans les universités des Etats-Unis, et première divergence de vue entre Eduardo Saverin et Zuckerberg. A la fin de l'acte, irruption d'un personnage, Sean Parker, dont la désinvolture et l'ambition fascinent d'emblée Zuckerberg, tout en semant le trouble dans sa relation avec Saverin. Acte IV : The Facebook devient Facebook et se développe désormais à travers le monde grâce à l'aide de Sean Parker, alors que la relation entre Saverin et Zuckerberg explose, à la suite d'une ultime trahison. Acte V : dans une ultime pirouette, Sean Parker perd l'estime de Zuckerberg qui accepte finalement de verser à Eduardo Saverin et aux Frères Winklevoss ce qui s'apparente pour lui à une "contravention". Mark Zuckerberg a peut-être créé le plus grand réseau social au monde, mais lui-même reste désespérément seul.

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On retrouve dans The Social Network de nombreux thèmes chers au cinéaste, et notamment celui de la vampirisation développé dans Fight Club (1999). En effet, Mark Zuckerberg fait montre tout au long du film d'une étonnante capacité à "attraper" chez ceux qui l'entourent différentes idées qui lui permettront de développer Facebook. C'est lorqu'un ami lui demande la situation amoureuse d'une fille qu'ils connaissent, que Zuckerberg ajoute sur le réseau l'onglet "Situation amoureuse". Et la relation qui se noue entre Sean Parker et Mark Zuckerberg, dès leur rencontre, est une relation de vampirisation, presque fusionnelle. Fasciné par Parker, Zuckerberg en oublie tout le reste, et notamment son seul véritable ami, Eduardo Saverin. Enfin, les "final clubs" auxquels tout étudiant de Harvard veut à tout prix appartenir, rappellent également Fight Club, et la nécessité de rentrer dans le moule et dans le conformisme pour être heureux. Facebook n'est d'ailleurs que la transcription sur le Net de ce phénomène, et l'intégration la motivation principale de Mark Zuckerberg.

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"Nerd : terme anglais désignant une personne solitaire et intelligente, à la fois socialement handicapée (mais pas toujours isolée car un nerd peut conserver une vie sociale) et passionnée par des sujets liés à la science et aux techniques" (Wikipédia). Cette définition semble parfaitement correspondre à la personnalité de Mark Zuckerberg, présenté au début du film comme un geek associal, capable de se ballader sous la neige en bermuda et sandales. De ce portrait du plus jeune milliardaire au monde, David Fincher n'épargne rien : ni les lâchetés, ni les trahisons, ni l'envie, ni la jalousie. The Social Network n'est pas pour autant un portait à charge du jeune homme. Il se dégage aussi du personnage une sympathie (son débit-mitraillette et ses réparties cinglantes n'y sont pas pour rien), et un humour (souvent involontaire?) qui font mouche. On rit d'ailleurs beaucoup. Jesse Eisenberg, qui incarne Mark Zuckerberg (découvert dans le film indépendant Les Berkman se séparent), apporte un côté touchant au personnage et permet au spectateur de rester toujours en empathie avec lui. L'acteur dit d'ailleurs ressembler par certains aspects à son personnage : "Je suis aussi foncièrement mal à l'aise dans la vie que Mark Zuckerberg. Je ne supporte pas de me voir à l'écran ou de m'entendre parler, je me trouve l'air d'une loque". Andrew Garfield semble également avoir trouvé le rôle de la confirmation, avant d'endosser prochainement le costume de Spiderman. Nonchalant et émouvant, il trouve la note juste dans le rôle de l'ami progressivement "largué". Quant à Justin Timberlake, il apporte toute sa désinvolture et son naturel, dans le rôle de l'homme providentiel et prêt à tout.

 

Quoi qu'on pense de Facebook, force est de constater que David Fincher a su tirer de la construction de cette immense machine à générer des milliards d'euros, un grand film à hauteur d'hommes. Fascinant !

 

 

Bande annonce - The Social Network

 

Par Guillaume - Publié dans : Actuellement dans les salles - Communauté : A voir, à lire, à écouter
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Les coups de coeur (et coups de gueule) du mois

Drive, de Nicolas Winding Refn - Sortie le 5 octobre 2011

Nicolas Winding Refn, réalisateur danois remarqué, signe un polar stylisé dans les rues de Los Angeles, à la fois romance flottante entre deux âmes égarées, et polar à la violence brute, efficace et millimétré. Le tout porté par un personnage minéral, sec, taiseux, nouvelle figure du héros du XXIe siècle (impérial Ryan Gosling). Grande réussite !

 

Le Skylab, de Julie Delpy - Sortie le 5 octobre 2011

Réunion de famille drôle et tendre, parfois maladroite à l'image de sa réalisatrice. Mais son sens du détail, sa petite musique nostalgique, et surtout la pertinence de son regard sur l'enfance emportent immédiatement l'adhésion ! Une des réussites de l'année côté cinéma français... 

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