Jeudi 26 novembre 2009
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Une gifle ! C’est le sentiment ressenti lors de la projection du 5e film de Bahman Ghobadi, Les Chats persans. Signalons d’abord que je ne connais absolument rien au
cinéma iranien. C’est à peine si j’ai pu voir par-ci par-là quelques extraits de certains films d’Abbas Kiarostami, extraits qui m’avaient donné envie d’en voir plus, sans jamais réaliser ce
souhait.
Une jeunesse iranienne pleine d’espoir, de craintes, de désirs (d’avenir par l’exil), c’est ce que nous donne à voir
Bahman Ghobadi avec Les Chats persans, plongée poignante et sublime dans la culture underground iranienne. On y suit un homme et une femme dans leurs difficiles tractations
pour trouver des musiciens, des autorisations, des passeports et des visas, monter un groupe et partir se produire en concert à Londres. En résumé, quitter l'Iran. Au fil de leur cheminement, on
découvre entre autres une société bâillonnée, les mécanismes du marché noir pour quitter un pays sclérosé qui ne donne plus d’espoir à sa jeunesse, ou encore le contrôle brutal et systématique
des autorités sur la création artistique. Mais c’est surtout l’incroyable énergie qui se dégage de leur action qui marque profondément. Avec ces groupes qui, cachés dans des étables, des
sous-sols (ou parfois en hauteur), jouent pour croire en l’avenir et exercer leur liberté. Avec la détermination sans faille de ce couple émouvant qui ira jusqu’au bout de sa démarche, à tout
prix.
Avec humour, sensibilité et sans aucun misérabilisme, Bahman Ghobadi réussit un film ensorcelant dans lequel les
sensations ont une importance primordiale. Les décadrages (ou faux cadrages) fréquents, présents dès l’entame du film, traduisent le décalage dans lequel se situe cette jeunesse iranienne,
mais également une forme de malaise qui la contraint. On retient aussi une attention aux éléments extérieurs, aux lumières notamment qui, par les sensations qu’elles génèrent, éclairent l’état
émotionnel des personnages. On pense ici parfois au cinéaste turc Nuri Bilge Ceylan, maître de la sensation au cinéma (voir Les Climats).
Ce cinéma sensoriel est notamment
lié au dispositif du film qui, sur un scénario totalement fictionnel, se situe du point de vue filmique à la frontière entre documentaire et fiction. Tendance lourde du cinéma actuel (voir
Entre les Murs ou Valse avec Bachir), l’utilisation de procédés liés au cinéma documentaire (caméra portée, cadrages originaux…) renforce l’authenticité de la matière
fictionnelle du film. Comme dans Valse avec Bachir, on balance alors entre récit brut et passages poétiques véhiculés notamment par la musique. Enfin, c’est aussi le montage qui crée
l’émotion, en particulier lors des passages chantés du film. Rapide et tourbillonnant, il dresse alors un portrait là aussi sensoriel et fascinant de la ville et de ses
habitants.
Les Chats persans est assurément la plus belle expérience de cinéma de l’année. Hymne à la liberté, le film ne sortira certainement jamais en Iran... Chanceux que nous sommes, ne
boudons pas notre plaisir...
A noter encore une fois, la qualité de la programmation du Forum des Images (et des avant-premières Positif). Et l’importance toujours plus grande accordée aux cinémas iranien,
turc, israélien, palestinien… Des pays dans lesquels les atteintes aux libertés individuelles exacerbent l’exceptionnelle créativité des cinéastes qui les peuplent (et qui, parfois, sont
contraints d’en partir).
On reparlera de ce film nécessaire et stimulant lors de sa sortie en salles le 23 décembre. Date de sortie hélas
totalement ridicule qui risque de faire passer l’un des plus beaux films de l’année à la trappe très rapidement, alors que c'est peut-être l'un des seuls qui vaille vraiment la peine
d'être vu!
Bande annonce - Les Chats persans
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